Qui sont les « insiders » ?

Quelque soit l’issue de la mobilisation en cours, il est probable que la loi El Khomri ait au moins un héritage : celui d’avoir d’avoir rajouté les expressions « insiders/outsiders » au vocabulaire politique courant. Au moins d’un certain côté du spectre politique, même si ce côté commence à prendre une sacrée place. Dans la foulée, notamment, d’Emmanuel Macron, les promoteurs de cette Loi Travail ont eu à coeur en effet de se présenter comme les défenseurs des « outsiders, pauvres jeunes en contrats précaires, contre les méchants « insiders », ces privilégiés en CDI qui s’engraissent sur le dos des précaires. Abaisser la protection des seconds seraient la condition pour que les premiers accèdent au Graal de l’emploi à durée indéterminée. L’importation de cette distinction née dans l’économie des marchés du travail n’est pas innocente, et ne s’est pas faite sans pertes et fracas. Après m’être replongé, ces dernières semaines, dans la littérature consacrée à l’analyse de la segmentation des marchés du travail, je ne peux que me désoler de l’écart entre la finesse des outils d’analyse qu’elle propose et ce qu’en a finalement retenu le débat public. Surtout lorsque cela peut permettre de retrouver des oppositions plus anciennes, mais finalement plus intéressantes.

[…] Ce qui est intéressant, c’est que ce modèle, dans sa forme idéale, exclut tout autre acteur que les seuls travailleurs, placés dès lors en conflit – l’Etat n’étant alors qu’un instrument au service du pouvoir des outsiders… Les entreprises, elles, sont complètement absentes, ou du moins inactives. Au-delà des mérites scientifiques de la théorie, sa reprise politique et l’évidence avec laquelle elle est utilisée, comme si insiders/outsiders était une grille de lecture allant de soi, limite sérieusement ce qu’il est possible de voir ou de discuter. On s’en doute, cette importation est loin d’être innocente – de toutes façons, personne n’est innocent comme disait l’autre. Le souci de certains pour les plus démunis est finalement d’autant plus fort qu’il exclut la responsabilité des employeurs dans l’affaire…

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