SYNTAGMA, TAHRIR, TAKSIM, PROPAGEONS LE FEU DE LA RÉVOLTE !

Quatrième journée d’affrontements généralisés à Istanbul,
les émeutes s’étendent à travers le pays,
la jeunesse étudiante et lycéenne sortent de leurs salles et rejoignent la rue,
les barricades se dressent par centaines à Istanbul et Ankara,
la répression féroce de l’ennemi a déjà fait trois morts,
deux syndicats appellent à la grève générale en solidarité avec les insurgés,
honneur aux combattants de Turquie !
Les printemps arabes ont fait tombé des têtes, les peuples ont pris la rue et brûlé les
sièges du Capital de Athènes à Rome, de Barcelone à Hambourg en Europe, de
Oakland à New York aux Etats-Unis, partout dans l’affrontement émerge une
conscience internationale contre le capitalisme et le fascisme. Pour beaucoup déjà,
nous avons partagé la camaraderie de combat, relevé nos frères et sœurs des coups de
l’ennemi et avancer à nouveau.
Nous sommes de ceux qui prennent part,
Nous sommes de ceux qui se préparent,
Nous sommes de ceux pour qui la question n’est plus où on va mais comment faire
face,
Nous sommes de ceux qui sommes conscients de la montée en puissance de l’ennemi
fasciste partout en Europe,
Nous sommes de ceux qui refusons le diktat d’austérité imposé dans notre quotidien
par le capitalisme,
Nous saluons tous les insurgés et combattants, d’ici et d’ailleurs, et particulièrement
aujourd’hui le peuple turc en résistance. Nous savons que la seule solidarité est
d’étendre la révolte, de propager le feu, de faire front à l’ennemi là où nous vivons, là
où nous travaillons. L’unique question est de comment tenir et de comment vaincre,
dans nos grèves, dans nos résistances émeutières, dans nos réquisitions. Car c’est
l’unique solution.
Nous sommes de ceux qui ne revendiquent plus rien,
Nous n’aurons que ce que nous prendrons.
-réseau international Communistes Libertaires Autonomes CLA

reçu par mail

« Antigone doit mourir ! » – les Antigones décryptées

Fidèles à elle-même, la mouvance identitaire, assistée de quelques éléments issus du Renouveau français (cf. photo), s’est lancée dans une nouvelle aventure médiatique. Seraient-ils arrivé à faire l’unité au sein de l’extrême droite radicale ? Pas exactement, car «ils» sont en fait des femmes issues de ces différents milieux, qui se sont associées et nous ressortent un vieux serpent de mer : un groupe de femmes à l’extrême droite. Prétendument actives et pas seulement décoratives (pourtant elles tiennent les banderoles lors des manifs), elles veulent, dans un mouvement pernicieux, faire croire à l’opinion publique que des femmes se mobilisent à droite sur le modèle des mouvements féministes d’émancipation. Mais c’est une imposture, car il n’y a dans ce mouvement aucune valeur d’émancipation, seulement un plaidoyer réactionnaire en faveur du rôle traditionnel de la femme.

Antigones

Les Antigones, apolitiques ? Pourtant, autour de la banderole, on reconnait :
– Sixtine Jeay (A), ancienne du Renouveau français, passée chez les nationalistes-révolutionnaires du MAS (Mouvement d’Action Sociale), et qui fricote avec les identitaires toulousains ; Marie Charlotte Beauregard (B) et Jade Reynaud-Fourton (C), militantes chez les Identitaires cannois, entourées de quelques autres militantes de Génération identitaire; Elodie Jaskolska (D), qui se définit elle-même sur son profil Facbook comme « entièrement européenne, catholique, militante identitaire à Rebeyne & Génération Identitaire » ; Eva Ferré (E), sympathisante identitaire.

Depuis quelques jours, on peut ainsi lire dans la presse mainstream des articles faussement naïfs qui présentent les Antigones, un groupe de jeunes femmes prétendument apolitiques, pas forcément catholiques (mais leur porte-parole si), et surtout sages et calmes. Elles sont souriantes, jeunes et avenantes (pas forcément belles, leur but n’est pas de faire fantasmer tout le monde), maquillées discrètement d’un soupçon de rouge à lèvres et vêtues d’un blanc virginal. Inutile de détailler le « message » politique qu’elles vendent à la presse ; il est bien plus intéressant de creuser leurs références et leurs valeurs, telles qu’elles apparaissent dans leur marketing politique.

Antigone : un mythe
Accompagnant leur logo (une femme qui semble tendre les mains dans un geste de supplication, comme une vierge à l’enfant, mais sans l’enfant), elles se sont affublées d’un (pré)nom évocateur : celui de la vierge martyre de Sophocle, qui se réclame des lois « divines, non écrites et intangibles ». Et les voilà aux prises avec un mythe controversé depuis qu’Anouilh l’a monté à sa sauce sous l’Occupation : ces militantes d’extrême droite, qui veulent s’opposer aux FEMEN, ont choisi cette figure de la mythologie grecque pour se présenter comme les incarnations d’une rébellion féminine qui ferait la peau au féminisme.
Or leur choix est révélateur : Antigone, c’est l’Antiquité grecque, comme un pendant à la sempiternelle Jeanne d’Arc. On se renouvelle à peu de frais, on fait semblant de s’éloigner des carcans catholiques en reprenant les classiques étudiés en classe. C’est donc aussi le choix d’une certaine jeunesse bourgeoise, celui d’adolescentes qui aiment à s’identifier à une fière rebelle issue d’une famille royale. On reconnaît là aussi la patte des Identitaires et leurs figures mythiques un poil transgressives (les apaches parisiens) ; le sanglier quant à lui reste plus difficile à expliquer (Asterix…)
Mais Antigone, c’est celle qui souffre d’être la fille d’un couple incestueux et qui ne sait pas quelle est son identité (dur, pour des Identitaires). C’est la femme qui n’existe pas pour elle-même, qui ne se révolte pas pour ses semblables, mais pour les hommes de sa famille ; celle qui ne se solidarise pas avec l’autre figure féminine de son entourage, sa sœur Ismène, à qui elle interdit de l’accompagner dans sa révolte. C’est la femme qui ne veut exister que par l’homme, son père, son frère, son époux, son fils à venir.
Alors, certes, Antigone va au bout de son engagement : elle brave le pouvoir, mais ce n’est pas elle qui affronte un destin tragique, ce n’est pas elle qui endosse la démesure de la révolte. Sa révolte est sans objet, elle est tournée vers la mort, pas vers les vivants et surtout pas vers ses sœurs les femmes.

Antigones : le mythe de l’engagement féminin à l’extrême droite
Marie-ThérèseAu pluriel, les Antigones ont les mêmes caractéristiques : ce qui leur importe, c’est que la femme reste à sa place comme complément de l’homme. Elles mettent en avant l’idée de complémentarité, qui sape par avance toute idée d’émancipation, toute solidarité féminine. On est en pleine schizophrénie : elles se regroupent entre femmes pour promouvoir non pas leur liberté à conquérir mais pour rappeler qu’elles veulent rester à leur place, comme avant. Leur rébellion face au pouvoir vient appuyer celles de leurs pères, de leurs maris, de leurs frères, de leurs fils à venir ; peu leur importe ce qui peut arriver à leurs futures filles, à leurs sœurs, amies très chères ou mères. Elles cherchent désespérément leur place dans la société qu’elles veulent réactionnaire, ce pour quoi, tournées vers le passé, elles sont prêtes à se révolter. On retrouve ici les caractéristiques de la révolution conservatrice, passéiste et traditionaliste, assorties de ce qui leur donne un petit frisson : la copie de l’engagement des femmes qui travaillent ensemble à leur émancipation, et des méthodes d’infiltration qu’elles voudraient dignes des James Bond girls. Sauf que… la chère Yseul aurait pu être sympa et prévenir ses potes fafs qu’ils allaient se faire ridiculiser par les FEMEN le 12 mai, non ?

Mais qu’elles n’oublient pas ! La vierge de Sophocle va au bout de son combat absurde : elle se pend dans le tombeau où l’a enfermé le pouvoir… comme d’autres sont venus en finir à Notre-Dame.

Tina

http://lahorde.samizdat.net

 

[Qu’est-ce qui se passe à Istanbul ?] « Tu avais peur d’Allah, maintenant tu vas avoir peur de ton peuple »

Turquie : “il y a pas mal de barricades”

TÉMOIGNAGES – À Istanbul, la contestation contre le gouvernement conservateur ne faiblit pas.

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L’INFO. Le week-end a été particulièrement violent sur les rives du Bosphore. Il y a eu plus de 1.700 arrestations dans tout le pays. Depuis quatre jours, des milliers de manifestants défilent contre le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan, le Premier ministre islamo-conservateur. Dimanche, ils ont occupé la place Taksim d’Istanbul, tandis que de nouveaux incidents ont éclaté dans la capitale Ankara. Des cortèges se sont formés dans le quartier résidentiel de Kavaklidere, à Ankara, après avoir été brutalement délogés plus tôt par la police de la place centrale de Kizilay de la capitale. Plusieurs centaines de personnes ont été blessées. Alors que lundi, beaucoup de Turcs reprennent le chemin du travail, la pression reste maximale sur le gouvernement.

“Beaucoup de personnes qui se font gazer”. Mathieu Koro était dans le cortège à Istanbul. “Il y avait une barrière humaine avec plein de gaz lacrymogènes pour qu’on ne puisse pas avancer. L’ambiance est un peu électrique. On entend des slogans contre le Premier ministre actuel”, a-t-il a raconté au micro d’Europe 1. Beaucoup de Turcs continuent d’exprimer leur colère. “Il y a pas mal de barricades qui se sont formées. Il y a des personnes qui prennent les poubelles. Tous les grands axes sont bloqués. Les voitures n’arrivent pas à passer”, a-t-il affirmé.

Face à une répression policière très dure, la contestation s’organise. “Il y a une mosquée qui sert d’endroits de secours. Il y a beaucoup de personnes qui se font gazer. Maintenant, c’est bien organisé. Il y a des gens avec des sprays, avec des citrons pour éviter que les gaz lacrymogènes fassent trop d’effets”, a précisé Mathieu Koro.

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“Les gens marchent de très loin”. Adjé, une universitaire d’Istanbul, a également été témoin des turbulences de ces dernières heures. “Vers 3 heures ou quatre heures du matin, c’était vraiment très, très fort. Il y a eu beaucoup de pressions policières. Ils attaquent toujours dans la matinée. Ils commencent à utiliser les lacrymogènes sans arrêt. Les gens s’inquiètent. Beaucoup de gens ne savent pas ce qui va se passer dans deux jours ou dans une semaine”, a-t-elle raconté à Europe 1.

Et lundi matin, la contestation ne semblait pas s’affaiblir. “Certains rentrent chez eux mais ils sont remplacés par d’autres. Les gens marchent de très loin, tous ensembles, vers la place Taksim. Ils ont des drapeaux. Les gens dansent, chantent. Il y a ceux qui rentrent de Taksim et ceux qui vont vers Taksim”, a affirmé cette universitaire.

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Leur presse (Charles Carrasco avec Mathieu Charrier et Walid Berrissoul, Europe1.fr, 3 juin 2013)

 

Nouveaux affrontements entre manifestants et police en Turquie

De nouvelles violences ont éclaté dans la nuit de dimanche à lundi en Turquie entre policiers et manifestants, dont certains ont incendié des bureaux du parti AKP au pouvoir.

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Le calme semblait revenu lundi matin, au quatrième jour du mouvement de contestation, né de l’opposition à un projet immobilier à Istanbul mais qui remet plus largement en cause la politique du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

À Izmir, dans l’ouest du pays, des manifestants ont lancé des cocktails molotov sur la permanence du Parti pour la justice et le développement (AKP). Le bâtiment a été partiellement détruit, avant que l’incendie ne soit éteint, rapporte l’agence de presse Dogan.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/06/061.jpgManifestation à Izmir dans la nuit du 2 au 3 juin

De violents affrontements ont également éclaté à Istanbul, où les protestataires ont érigé des barricades avec du mobilier urbain et des pavés. Toutes les rues menant au bureau du Premier ministre avaient été bouclées et la police a tiré des grenades lacrymogènes pour repousser les manifestants.

Aucun bilan n’a été communiqué, mais du personnel médical a soigné des blessés dans une mosquée voisine.

Dans le centre d’Ankara, la police a effectué une descente dans un centre commercial où elle soupçonnait des manifestants de s’être réfugiés, arrêtant des centaines de personnes.

Leur presse (Reuters via tempsreel.nouvelobs.com, 3 juin 2013)

 

POLICE TERROR RISES IN TURKEY

The police brutality accelerates as the resistance in Turkey strengthens. Since the sunset on June 2nd, we have been bombarded with reports and witness accounts regarding the excessive use of tear gas, rubber bullets and other means against protesters in Besiktas/Istanbul and in Ankara.

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Some of the methods the police have employed are even against the protocols of war. In the night of June 2, the police raided three medical centers treating protesters in Ankara. The police sprayed pepper gas and used force on doctors, hospitalising two of them. Then both the doctors and the injured protesters were taken to the sports hall of a Shopping Mall (Ankamall) to be kept there.

Meanwhile in Istanbul, the resistance continues on different sites. In Taksim, police do not intervene (as of June 3rd 2:30 am) and some of the protesters enjoy the occupied Taksim Square and Gezi Park. However, there are strong ongoing clashes under a violent police attack in the Besiktas district. We keep getting photos and reports about police bombarding the protesters with pepper gas and the protesters resisting. There have been serious injuries reported due to police brutality, and demands for medical help were repeated. Especially around Dolmabahce area, where the Prime Minister has an office, the use of tear gas bombs are excessive.

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What is happening in İstanbul?, 3 juin 2013 – 2h39

 

Les manifestants turcs ne désarment pas

Ils continuent de défier le pouvoir place Taksim à Istanbul, mais aussi à Ankara, où des incidents ont éclaté.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/06/081.jpgDes manifestants lancent des pierres sur les forces de l’ordre près de la place Taksim, samedi à Istanbul.

L’ordre de retrait donné à la police de la place de Taksim doit laisser un goût d’autant plus amer au premier ministre Recep Tayyip Erdogan qu’il a le goût de la bière, alors qu’une loi restreignant la vente de l’alcool a été votée la semaine dernière. Samedi soir, des dizaines de milliers de jeunes Turcs ont déferlé sur la place de Taksim, bien souvent une canette d’Efes à la main, la bière nationale. Jusqu’au petit matin, ils ont célébré leur victoire. « À ta santé Erdogan ! » était le slogan qui avait le plus de succès derrière l’irremplaçable « Erdogan démission ! ».

La mobilisation contre un réaménagement urbain controversé de la place de Taksim lancée mardi par quelques militants a donc définitivement tourné à la contestation du mode de gouvernance du chef du gouvernement. Le centre névralgique d’Istanbul s’est transformé en défouloir de la rancœur accumulée par une partie de population, les Turcs laïcs en tête. « Les restrictions contre l’alcool, l’interdiction de la pilule du lendemain et les tentatives contre l’avortement sont des intrusions dans la vie des gens, des attaques contre un mode de vie », énumère Seyhun, professeur d’anglais à l’université, un casque de chantier jaune vissé sur la tête pour se protéger des tirs tendus de gaz lacrymogènes. « J’ai de grandes inquiétudes sur une islamisation rampante du pays, le gouvernement doit se comporter de façon responsable », explique un jeune homme qui arbore sur son bras un tatouage reproduisant la signature d’Atatürk, le fondateur de la République laïque. « Nous ne sommes pas des provocateurs comme dit Erdogan », s’insurgent Mete et Tuna, étudiants en architecture. Drapeau rouge frappé d’une étoile et d’une lune blanches sur l’épaule, les deux amis ont pourtant voté pour sa formation, le Parti de la justice et du développement (AKP). « L’oppression grandissante du peuple alors qu’il demande juste à être pris en considération est incroyable. Il a beau jeu de critiquer Assad. La mobilisation est historique pour la Turquie, on va faire la révolution, on ne va pas s’arrêter là. » Comment ? Ils ne savent pas trop encore. Mais l’heure est à l’euphorie, pas à l’analyse froide.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/06/131.jpgDes manifestants, vendredi sur la place Taksim, dans un nuage de gaz lacrymogènes.

« Le réveil des consciences »

Au cinquième jour d’une répression policière d’une extrême brutalité, les autorités ont été contraintes d’ouvrir la place aux manifestants. « Ce n’est que le début, le réveil des consciences s’enthousiasme Görkem Kutay, étudiant en mécanique. L’opposition au gouvernement unit les laïcs, les nationalistes, il y a même des islamistes communistes avec nous. » Dans la nuit de samedi à dimanche, des affrontements avec la police ont eu lieu devant le bureau du premier ministre dans le quartier de Besiktas, près du Bosphore. Les mêmes scènes se sont répétées devant celui de la capitale, Ankara, où les forces de l’ordre ont fini par intervenir à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau. La contestation, quoique limitée, a gagné de nombreuses villes d’Anatolie, Izmir, Antalya, Tunceli, Trabzon… Et dimanche, la place de Taksim était de nouveau noire de monde. Recouverte de drapeaux d’organisations d’extrême gauche qui n’avaient pas eu le droit d’y manifester le 1er mai. En fin de journée, aucun policier n’était visible même si Recep Tayyip Erdogan taxe les manifestants d’« extrémistes qui ne peuvent pas faire ce qu’ils veulent ». Sur les murs, les tags victorieux résument l’humeur de cette révolte inattendue : « Tu avais peur d’Allah, maintenant tu vas avoir peur de ton peuple. » « Sultan, on arrive ». Jamais les islamo-conservateurs n’ont connu une telle fronde depuis leur arrivée au pouvoir en 2002.

Sans surprise, de l’extrême droite du Parti pour une action nationaliste (MHP) au Parti républicain du peuple (CHP), la formation fondée par Atatürk, toute l’opposition critique vertement la brutalité policière. Mais des voix s’élèvent également dans le propre camp d’Erdogan. En voyage au Turkménistan, le président de la République, Abdullah Gül, a rappelé les principes de base censés réguler les rapports d’une société apaisée : « Dans une démocratie, les réactions doivent être exprimées (…) avec bon sens, avec calme et, en retour, les dirigeants doivent déployer plus d’efforts pour prêter une oreille attentive aux différentes opinions et inquiétudes. » Le vice-premier ministre Bülent Arinç s’est même excusé pour les débordements et a jugé qu’il « fallait utiliser la persuasion et non le gaz ». Parmi les réactions internationales, un coup de semonce inhabituel est venu de Washington, inquiet de la stabilité de son principal allié dans la région.

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Pour l’image de la Turquie, le résultat est désastreux. Plus de 1700 manifestants ont été interpellés selon le ministère de l’Intérieur, un millier de blessés ont été recensés. Il y aurait deux morts selon Amnesty International. « Après les charges de la police, le monde entier a vu le vrai visage de dictateur d’Erdogan, ça fait désordre, Istanbul ne risque pas d’avoir les Jeux olympiques (la ville est candidate pour 2020, NDLR) », raillait Metin assis sur une poubelle renversée, barricade de fortune, alors que la nuit s’achevait, éreinté, dans des vapeurs d’alcool, dimanche.

Leur presse (Laure Marchand à Istanbul, LeFigaro.fr, 2 juin 2013 – 22h43)

 

Turquie : récit d’une nuit de résistance sur la place Taksim, à Istanbul

Samedi, 20 heures. L’impressionnant déploiement de forces de police anti-émeute qui avaient repris la place Taksim et le parc de Gezi aux manifestants, samedi matin, a disparu comme par enchantement. Tous les bataillons de policiers se sont retirés et ont laissé la place aux manifestants. Très vite, des dizaines de milliers de personnes, peut-être des centaines de milliers, remplissent la place, le parc, les quartiers aux alentours et l’avenue piétonne Istiklal, la grande artère commerciale du centre-ville où déambule chaque jour plus d’un million de personnes.

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Les manifestants fêtent leur victoire arrachée après trois jours de bataille avec la police. Avec un mois de retard, c’est le 1er-Mai. Le gouvernement avait en effet interdit cette année tout rassemblement sur la place Taksim pour la Fête des travailleurs.

Partout l’alcool coule à flots, les bouteilles de bière s’entrechoquent et, chose inhabituelle, on consomme ouvertement dans la rue. Des vendeurs ambulants en font leur commerce et se baladent avec des seaux d’eau glacée remplis de bouteilles. La diabolisation, la stigmatisation répétée des buveurs d’alcool par le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, et les mesures de restriction de la consommation ont été l’un des nombreux éléments qui ont nourri cette révolte.

“M. Erdogan veut s’en prendre à notre mode de vie, il ne tolère pas les gens qui aiment l’art, qui vivent à l’occidentale. Il détruit les immeubles historiques, les cinémas et les théâtres pour les remplacer par d’horribles centres commerciaux construits par ses amis”, tempête Erkan, un père de famille de 55 ans, venu avec sa femme et ses deux enfants adolescents. Plus loin, une jeune femme avec un groupe d’amis donne un avis similaire. “Sa vision de la famille turque et des femmes est totalement rétrograde”, dit Esra, une bière dans une main, un drapeau turc dans l’autre.

Le gouvernement s’est attiré les foudres des “laïques” pour ses attaques répétées contre le droit à l’avortement ou la limitation d’accès à la pilule du lendemain. “Faites au moins trois enfants”, a coutume de répéter aux Turques M. Erdogan.

Samedi, 23 heures. La fête continue sur la place et le sol est désormais jonché de bouteilles. Au centre, le monument à l’indépendance de la Turquie est escaladé par des jeunes qui veulent se faire prendre en photo. Jour de gloire, jour historique pour tous ces manifestants qui tiennent leur revanche. La statue d’Atatürk est affublée de toutes sortes d’emblèmes politiques, de drapeaux d’associations LGBT, des couleurs kurdes ou de partis de gauche.

Une danse traditionnelle alévie est improvisée : y entrent des Kurdes qui scandent “vive le président Apo [Öcalan, leader du PKK]” mais aussi des kémalistes avec leur drapeau turc. Joyeuse cacophonie. “Ce qui nous réunit ici, c’est que beaucoup d’entre nous sommes alévis”, hurle Metin, originaire de Malatya. Les alévis, une branche éloignée du chiisme, sont environ 15 millions en Turquie et cultivent un mode de vie libéral. “Le gouvernement est un parti sunnite religieux qui ne nous aime pas. Nous ne voulons pas de leurs cours de religion et nous ne voulons pas prier dans leurs mosquées. Nous voulons notre culture”, s’énerve Metin.

Dimanche, 1 heure. Aux quatre coins de la place et du parc Gezi, des militants équipés de sacs poubelle commencent à nettoyer. Contrairement aux affirmations du premier ministre et de ses supporters, peu de casse et de vandalisme ont été constatés. Sur Istiklal, le fameux pâtissier qui appartient à la mairie a été entièrement dévasté. Quelques vitrines cassées et voitures abîmées, mais de manière très marginale. Les banques, peu protégées, n’ont pas été endommagées. Des personnes s’interposent pour calmer les plus énervés. Des véhicules de police, quelques bus municipaux et les camions satellite de chaînes de télévision jugées “vendues à Erdogan” ont en revanche été détruits et traînés jusqu’aux barricades.

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Les barricades justement, sont en train de se constituer. La place commence doucement à se vider. Rentrent chez eux les manifestants les moins politisés, la petite-bourgeoisie laïque et kémaliste des quartiers du centre-ville. Restent les militants les plus motivés, les mieux organisés. Les groupes de la gauche radicale montent des campements pour tenir la place toute la nuit et s’affairent sur les barricades : bus, voitures, barrières de police, matériel de chantier… Tout autour de la place, des obstacles bloquent les voies d’accès.

Cem, un militant du Halk Cephesi (Front du peuple), obscur groupuscule d’extrême gauche issu d’une scission du Parti communiste, montre ses blessures de guerre. Une grenade de gaz lacrymogène l’a touché à l’épaule. Un autre tir tendu de la police lui a éclaté l’arcade sourcilière. “Cela fait trois jours que j’y suis avec les camarades. Nous resterons jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’il démissionne”, assure ce jeune ouvrier d’une trentaine d’années, originaire du Dersim, une région de l’Est, foyer traditionnel de la gauche alévie.

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Dimanche, 2 heures. Un nuage de gaz continue de flotter sur le parc de Gezi, désormais aux trois quarts vide. Les yeux piquent et la peau brûle. La plupart des manifestants n’ont qu’un simple masque de chirurgien ou un foulard, bien dérisoire. Toutes sortes de rumeurs circulent parmi les occupants de la place. À Besiktas, à deux kilomètres de là, de violents heurts opposent anarchistes, autonomes et policiers qui repoussent les tentatives d’approche des bureaux du premier ministre. Le gaz lacrymo remonte jusqu’à Taksim.

Au nord de la place, à Harbiye, tout est calme. Des voitures défilent en klaxonnant, drapeau turc à la fenêtre. Aux fenêtres de la “orduevi”, la résidence pour officiers de l’armée, on observe de loin cette insurrection anti-Erdogan. Dans la journée, une rumeur sur les réseaux sociaux avait fait état de distribution d’eau et de masques aux manifestants par des militaires. L’armée était un ancien bastion kémaliste et laïque, avant qu’elle ne soit décimée par les arrestations et les procès lancés par la justice. Elle a été responsable de quatre coups d’État depuis 1960 mais n’est plus vraiment en position de le faire aujourd’hui.

Dimanche, 4 heures. La place est désormais quasiment vide, quelques grappes de jusqu’au-boutistes subsistent ça et là. Des véhicules de chantier ont été enflammés et l’incendie s’est propagé jusqu’à une citerne de gaz qui a fini par exploser et toucher les arbres du parc de Gezi. Le feu sera maîtrisé. L’attente, elle, sera encore longue. Dimanche en début d’après-midi, la place se remplira à nouveau d’une nouvelle foule de protestataires. En attendant, adossée avec son compagnon à la vitrine d’une banque, une jeune femme à la voix de chanteuse d’opéra se lance dans un numéro de soliste. Et se taille un joli succès.

Leur presse (Guillaume Perrier à Istanbul, LeMonde.fr, 2 juin 2013)

« Le révolutionnaire en 2012 c’est un facteur qui est fonctionnaire. C’est comme combattre le Front national tout en ayant la carte d’adhérent au FN. »

[9 août 2012]
Mon manifeste

Bouche-toi les oreilles si tu es allergique à la dignité d’un immigré. Les moutons sont rentrés à la ferme en attendant l’AÏD. Ma liberté est limitée à quatre murs sales.

Finie la muselière, je rallume l’incendie. Au bal des accusés, je suis premier d’la classe. Décoré de la Légion du déshonneur de la patrie pour avoir désobéi à mes bourreaux.

J’ai vu Marianne manigancer l’assassinat d’un peuple. Même un condamné à mort a des droits.

Je suis passé du terrain de foot à un champ de ruines. Et de footballeur, je suis devenu braqueur.

Si tu veux me voir à genoux, passe aux heures de prière. La fierté des nôtres est le cauchemar des leurs.

Obligé de s’immoler pour voir son RSA reconnu.

À force d’entendre qu’on vaut pas mieux que ça, beaucoup ont fini par le croire.

Mon manifeste est réfléchi et légitime et prend parti. J’donne ma vision des choses car nos droits sont devenus une option.

Le révolutionnaire en 2012 c’est un facteur qui est fonctionnaire. C’est comme combattre le Front national tout en ayant la carte d’adhérent au FN.

Je mets ma plume où ça fait mal, je remue le couteau dans la plaie pour éviter qu’on se laisse mourir.

[La Chronique de Youv derrière les barreaux est disponible en téléchargement gratuitsur le site des Éditions Antisociales. Elle est à suivre sur le compte Facebook dédié.]

Istanbul : Deux morts dans les manifestations

Le Matin, 2 juin 2013 :

Des milliers de manifestants ont célébré leur victoire à Istanbul dans la nuit de samedi à dimanche après le retrait de la police de la place Taksim. Deux personnes auraient perdu la vie lors des heurts de ces derniers jours, a indiqué dimanche Amnesty International (AI).

Les manifestants sur la place Taksim, tôt dimanche matin. Samedi, les policiers se sont retirés dans cette place emblématique au centre d’Istanbul, dont ils essayaient de chasser les manifestants.
Istanbul : affrontements avec la police dans la nuit de samedi à dimanche, ici près du Bosphore vers le palace de Dolmabahçe.

Euronews, 2 juin 2013 :

Plus de 90 rassemblements ont eu lieu à travers tout le pays. D’après le ministère de l’Intérieur, la police a procédé à plus de 900 arrestations.

CRI, 2 juin 2013 :

Un groupe de manifestants a attaqué samedi le bureau du Premier ministre Recept Tayyip Erdogan à Istanbul avec des pierres.

Plus de 50.000 manifestants sont rassemblées samedi sur place Taksim au centre d’Istanbul au cinquième jour de manifestation contre la destruction du parc Gezi transformée en un mouvement de protestion contre la politique du Premier ministre Erdogan.

Auto-défense?

Black panthers greeceArticle tiré du site Devoir d’Insolence (en soutien au groupe ZEP). Il donne des éléments intéressants et porteurs d’espoir concernant la riposte antifasciste en Grèce, avec une auto-organisation des premiers concernés pour répondre aux attaques racistes. La référence aux Black Panthers prouve bien qu’à travers le temps, cette expérience historique reste un symbole très puissant. Tout l’article est disponible en lien.

Exaspérés d’être pris pour cibles par les bandes d’Aube Dorée, un groupe d’habitants d’Athènes a décidé de résister aux extrémistes en faisant des patrouilles de nuit dans leurs quartiers.

Le groupe d’auto-défense surnommé les Black Panthers s’est formé en Grèce afin de protéger la communauté noire du pays des attaques du parti d’extrême-droite Aube Dorée envers les immigrés, rapporte le journal grec indépendant Enet English.

Ce groupe a déclaré en avoir assez d’être la cible des gangs d’Aube Dorée, raison pour laquelle ils ont formé des patrouilles nocturnes afin de veiller à la sécurité de leurs quartiers. Le groupe emploie des téléphones portables ainsi que les réseaux sociaux afin de prévenir les attaques d’Aube Dorée et d’être en mesure de riposter rapidement.

Un membre du groupe originaire du Kenya qui a vécu 28 ans en Grèce a déclaré à la chaîne anglaise Channel 4 : « Je suis membre des Black Panthers et tout le monde le sait. Je veux donner un avertissement à Aube Dorée : ne venez pas chercher la merde aux Noirs ! ». « Je n’ai pas peur de ce groupe idiot et stupide de néo-nazis », a expliqué Michael Chege au journaliste Jamal Osman de Channel 4. « Durant la Seconde guerre mondiale, ils ont été écrasés. Maintenant, nous allons les exterminer  ». « Aube Dorée veut reproduire ce qu’a fait Hitler. Essayez ! Ils connaîtront le même sort et pire encore »

Devoir d’Insolence / Channel 4

 

[Turquie] Les rues ne désemplissent pas

TURQUIE – LES RUES NE DÉSEMPLISSENT PAS / LA CHRONIQUE ATTENTIVE ET SUIVRA LA SITUATION / LE TEST POUR LE POUVOIR – C’est inévitablement un test. Un test essentiel. Car pour le pouvoir d’Erdogan, qui avait sommé, dès les premiers jours de la révolte égyptienne, Hosni Moubarak de démissionner, il ne faudrait reproduire les affres de ce dernier. Pour le moment, il n’y a pas eu de morts dans les manifestants. Mais l’opposition n’attend, malheureusement pour certains, que cela. L’heure est justement venue pour voir si le régime turc est capable d’encaisser ces évènements sans répression violente, ce qui semble mal parti. À Erdogan de démontrer qu’il le peut. La situation est très tendue cette nuit (à gauche : Istanbul / à droite : Ankara) et la Chronique suivra les évènements attentivement.

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TURQUIE – APPELS A MANIFESTER CE 1er JUIN / AFFRONTEMENTS A ANKARA, ISTANBUL ET BODRUM / DES PARTIS KURDES SOLIDAIRES – INFORMATIONS CHRONIQUE – Des milliers de personnes manifestent encore cette nuit dans tout le pays, n’exigeant rien de moins que la chute du gouvernement d’Erdogan, au pouvoir depuis plus de 10 ans, et qui avait promis encore récemment qu’il serait encore au pouvoir en 2024 pour le centième anniversaire de la constitution de 1924. Les dernières élections avaient vu une large victoire de l’AKP d’Erdogan mais le début d’un retour inattendu des forces laïques, notamment parmi les plus dures dans leur opposition au pouvoir [Aux dernières élections turques (qui étaient libres, plurielles et ouvertes, hormis à certaines forces kurdes, fait largement critiqué ici), l’AKP avait remporté à lui seul 49,5 % des votes, contre, pour ses rivaux laïcs endurcis, 25 % seulement pour le Parti Républicain du Peuple (d’inspiration kémaliste) et 13 % pour le parti d’action nationaliste.]. Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, de violents affrontements ont lieu tandis que de nouveaux appels à manifester ont été lancés, avec des solidarités, notamment de mouvements kurdes.

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TURQUIE – LA RÉPRESSION NE FAIT QUE SOUFFLER SUR LA COLÈRE / LA CONTESTATION GAGNE D’AUTRES VILLES / AFFRONTEMENTS EN CE MOMENT À ISTANBUL – INFORMATIONS CHRONIQUE – La contestation d’une décision de rénovation urbaine d’un parc d’Istanbul est en train de tourner à la colère d’une partie de la population turque. Le 31 mai, plus de 53 personnes ont été blessées, dont certaines gravement, dans la répression. Le cycle a alors démarré : la manifestation locale s’est transformée en colère contre le régime au pouvoir, dominé par l’AKP et Recipe Erdogan, son célèbre chef. Mais loin de calmer les choses, la répression n’a fait qu’amplifier : des manifestations ont gagné Brodum, Edirne, Mersin, Mugla, Ankara, Konya, etc… Cette nuit, deux batiments gouvernementaux sont en feu à Istanbul.

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La Chronique du printemps arabe sur Facebook, par Cédric Labrousse, 1er juin 2013

[Istanbul] La police travaille

À Istanbul, heurts entre la population et la police autour d’un projet urbain controversé

Istanbul, correspondance. La dernière charge de la police anti-émeute, envoyée pour ratisser le parc au petit matin, a laissé des traces. “Ils ont utilisé une brutalité démesurée, mais il en faudra plus pour nous décourager “, raconte, Baris, 25 ans, barbu et la tignasse en bataille, en se massant le corps endolori.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/05/0318.jpgVOIR LA VIDÉO

Vendredi matin 31 mai, après les avoir copieusement enfumés à grands renforts de gaz lacrymogènes, les forces de l’ordre ont délogé manu militari quelque 300 personnes du parc de Gezi, un espace vert situé au-dessus de la place Taksim, en plein cœur d’Istanbul et menacé par un projet de construction de la mairie.

“Un de nos amis s’était accroché à un arbre, ils l’ont roué de coups, il doit être opéré des testicules”, raconte Marti Büyüközden, une porte-parole de Solidarité Taksim, quelques heures après l’intervention musclée. Mais les militants sont revenus, ils ont replanté leurs tentes entre les arbres et ressorti les instruments de musique qui n’avaient pas été brûlés par la police.

Depuis le début de l’occupation du parc, mardi, plusieurs milliers de personnes sont venus témoigner leur soutien : des associations culturelles, des syndicats, des groupes d’artistes, d’étudiants, des défenseurs de la nature, des anticapitalistes, quelques punks avec leurs chiens… Et, au-delà, tous les riverains stambouliotes ulcérés par la marchandisation du centre-ville et le remodelage urbain mené par la municipalité à coups de bulldozers.

http://juralib.noblogs.org/files/2013/05/0122.jpghttp://juralib.noblogs.org/files/2013/05/072.jpeghttp://juralib.noblogs.org/files/2013/05/1110.jpghttp://juralib.noblogs.org/files/2013/05/0813.jpg

http://juralib.noblogs.org/files/2013/05/1014.jpgÀ l’orée d’une troisième nuit d’occupation, jeudi soir, ils étaient plus de 10’000 serrés sur les pelouses, pour une assemblée générale à ciel ouvert. Le parc de Taksim a tout pour devenir le point de départ d’une contestation inédite contre la politique du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan.

L’opposition l’a vite compris. Plusieurs députés, dont le chef du Parti républicain du peuple (CHP), Kemal Kiliçdaroglu, sont venus se montrer. Même au sein de la majorité, le projet attire des critiques.

Le premier ministre et ancien maire d’Istanbul (1994-1999) a pour l’instant traité par le mépris cette mobilisation. “Ils peuvent faire ce qu’ils veulent, notre décision est prise”, a-t-il lancé, mercredi, en inaugurant le chantier pharaonique du troisième pont sur le Bosphore, un autre de ces projets fortement contestés et entrepris sans guère de concertation.

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“DES DIZAINES DE PROJETS DANGEREUX POUR NOTRE VILLE”

“La place Taksim et le projet de rénovation de la mairie sont extrêmement symboliques, note Akif Burak Atlar, le secrétaire de la chambre des planificateurs urbains. Quand on a quelque chose à revendiquer, à crier, à célébrer, cela se passe toujours ici. C’est le lieu des manifestations. Mais, pour Erdogan, aussi c’est un le lieu d’expression d’une idéologie. Ce quartier vivant et festif représente tout ce que le gouvernement déteste.”

À l’emplacement du parc, le gouvernement veut reconstruire les anciennes casernes de l’armée ottomane qui avaient été détruites en 1940. M. Erdogan qui, pour beaucoup, est resté le véritable maire d’Istanbul, a laissé entendre que ces casernes néo-ottomanes pourraient aussi abriter un centre commercial. Istanbul en compte déjà des dizaines. Pour couronner le tout, le chantier a été confié à un architecte, Halil Onur, employé par la municipalité.

“C’est le plus emblématique, mais il y a comme cela des dizaines de projets dangereux pour notre ville”, ajoute M. Atlar. Le pouvoir s’est lancé dans une frénésie de construction à Istanbul, avec le troisième aéroport, prévu pour être le plus grand du monde, la mosquée géante de Camlica ou encore les infrastructures à ériger pour l’organisation des Jeux Olympiques de 2020, auxquels Istanbul est candidate.

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Leur presse (Guillaume Perrier, LeMonde.fr, 31 mai 2013)

 

(…) Des manifestations similaires ont éclaté à Ankara, la capitale, ainsi qu’à Izmir, grande ville industrielle sur la mer Égée.

Leur presse (France 24, 31 mai 2013) via Solidarité ouvrière

La lutte armée en France depuis 1968

Hazem el Moukaddem retrace les parcours méconnus des groupes armées en France. Cette histoire récente demeure vive et toujours sulfureuse. Ses expériences radicales peuvent également alimenter la réflexion pour les luttes actuelles.

Hazem el Moukaddem, doctorant en sociologie, se penche sur la lutte armée en France depuis 1968. Cette histoire, toujours sulfureuse, semble le plus souvent ignorée. En Italie, cette période semble associée aux « années de plomb » ou à l’effervescence de l’Autonomie désirante. En France, la classe ouvrière comprend de nombreux immigrés. Ainsi, la lutte armée s’oriente sur les problèmes internationaux et sur le combat contre l’impérialisme.
L’extrême gauche traditionnelle rejette la violence révolutionnaire. Tous les partis s’accordent sur le consensus autour de la criminalisation et de la dépolitisation de la lutte armée. Hazem el Moukaddem refuse même la théorie selon laquelle la lutte armée s’inscrit dans une démarche minoritaire qui achève un mouvement insurrectionnel d’ampleur. Il préfère lire directement les journaux et les tracts de ses groupes révolutionnaires pour étudier leur véritable contenu politique. La lutte armée en France, et à travers le monde, se développe dans le contexte de l’après Mai 68.
L’État français, avec l’héritage du colonialisme et du gaullisme, adopte des méthodes de répression très efficaces. L’antiterrorisme en France repose sur la contre-information et la négation du conflit. Retracer l’histoire des groupes révolutionnaires armés en France permet de raviver une mémoire volontairement ensevelie. « Nous nous fixons comme objectif de déjouer la négation et l’oubli », précise Hazem el Moukaddem.

Le maoïsme spontanéiste

La Gauche prolétarienne (GP) et la Nouvelle résistance populaire (NRP) favorisent un développement de la lutte armée de 1969 à 1973. La GP, groupuscule maoïste, multiplie les actions violentes contre l’extrême droite et le patronat. La NRP regroupe un noyau d’activistes de la GP. « Partout les actions des partisans se multiplient : tabassages de petits chefs, sabotages, incendies… », décrit Hazem el Moukaddem. La GP insiste également sur la nécessité de l’autodéfense populaire face à la répression de l’État. Le maoïsme de la GP, comme celui du groupe Vive la révolution (VLR), semble plus spontanéiste que marxiste-léniniste orthodoxe.
Dans un texte de la GP, daté de 1970, la lutte de partisans à travers l’action violente est associée à un soutien populaire. « Notre présence dans les masses en est renforcée, le soutien populaire est plus grand et dans certaines grandes usines le sol commence à trembler sous les pieds des patrons et de la police syndicale », insiste la GP. Pourtant l’État s’attache à dépeindre la GP comme un groupuscule marginal. La lutte armée doit donc s’accompagner d’une intense propagande politique pour conserver une liaison avec la population. La GP dénonce également « les flics en civil du PCF ou des syndicats » qui s’opposent à un véritable pouvoir populaire. La lutte armée doit « briser l’idéologie pacifiste légaliste, idéologie de soumission entretenue par les syndicats ».
La GP insiste sur l’importance de la conflictualité sociale. Pour ce mouvement, « la lutte directe illégale, contre les patrons et leurs valets, c’est le terrain sur lequel se développe la force prolétarienne autonome par rapport aux syndicats et aux révisionnistes, la force prolétarienne révolutionnaire ». Au contraire, le cadre légal et syndical permet de ne pas attaquer l’ordre capitaliste. La GP propose une stratégie révolutionnaire qui passe par une implantation dans les usines et dans les lieux de concentration du prolétariat. Les actions doivent surtout permettre de « développer l’initiative des masses » et d’intensifier la spontanéité de la révolte.

La Nouvelle résistance populaire (NRP) décide d’enlever Nogrette, chef des ressources humaines de Renault. Dans cette entreprise un vigile a tué un militant qui distribuait des tracts. La NRP évoque cet épisode de l’enlèvement dans un entretien publié dans le journal de la GP, La Cause du peuple. Mais la NRP n’envisage pas d’exécuter Nogrette pour se venger. Il s’agit surtout de rendre visible la politique de la régie Renault qui licencie des ouvriers et fait régner la terreur. Cet enlèvement permet aussi de dénoncer les cadres des entreprises qui imposent la discipline et la hiérarchie.
La NRP recherche un soutien populaire, mais pas le soutien des organisations politiques et syndicales qui refusent toutes de sortir du cadre de la légalité. « Les pratiques illégalistes, directes, c’est-à-dire qui bouleversent complètement la vie politique traditionnelle, sont nécessairement mal accueillies par des organisations qui, toutes, à un degré plus ou moins forts, participent de cette politique réglée, traditionnelle, basée sur tout un système d’élections, de « représentations », c’est-à-dire de mise à l’écart de la volonté populaire », observe la NRP. Mais ce groupe armé insiste fortement sur l’indispensable soutien populaire dans toutes les actions organisées. « Il est évident que la Révolution, c’est le mouvement des larges masses, et que des actions de petits groupes ne peuvent qu’aider la Révolution, jamais la faire », précise même la NRP. Mais des actions minoritaires peuvent permettre à un mouvement de masse de se développer. Surtout des pratiques de luttes, comme le sabotage et la séquestration, peuvent se diffuser. Contre l’idéologie de la résistance et de l’unité nationale, la NRP insiste sur la guerre de classe. « Nous croyons effectivement que tous les aspects de la vie du peuple, en France, sont dominés, écrasés par la classe patronale, et qu’il faudra bien les libérer tous », souligne la NRP.
Pourtant ce groupe armée se limite à des actions symboliques. Les actions de la NRP ne s’inscrivent pas dans la construction d’un rapport de force. Même si les maoïstes tentent d’implanter des milices populaires et des groupes d’autodéfense ouvriers pour combattre le patronat par la lutte armée. La NRP vise à diffuser une violence révolutionnaire à l’ensemble de la population.

Le mouvement autonome et la lutte armée

En 1973, Puig Antich du Movimiento iberico de libéracion (MIL) est arrêté par l’État espagnol avant d’être torturé et tué. Les Groupes d’action révolutionnaire internationaliste (GARI) se forment alors pour soutenir le jeune libertaire. Les GARI regroupent d’anciens activistes du MIL et des groupes autonomes de Toulouse ou d’Espagne.
Les GARI organisent des attentats contre des infrastructures comme les voies ferrées, les ponts, les axes de communication pour bloquer les flux commerciaux entre la France et l’Espagne. Les GARI luttent ainsi dans une perspective de révolution sociale. Ils tentent également de combattre le régime autoritaire de Franco en Espagne. « La répression franquiste qui se manifeste durement et clairement en Espagne ne diffère que dans la forme de l’intoxication aliéniste que nous font subir les « démocraties » occidentales. Si les moyens divergent, les buts sont les mêmes : l’exploitation et l’anéantissement de l’individu », analysent les GARI. Ses groupes dénoncent également la passivité des milieux révolutionnaires qui dénoncent facilement les actions jugés terroristes ou minoritaires tout en restant dans leur routine militante bien inoffensive. Pourtant, de multiples moyens d’action semblent possibles. Selon les Gari, « celui qui sait que notre société est basée sur l’exploitation sait aussi et constate chaque jour que cette exploitation revêt différentes formes. C’est pourquoi il n’y a pas un moyen ni une arme unique pour l’attaquer ».
En 1974 les Brigades internationalistes (BI) regroupent des anciens maoïstes de la Gauche Prolétarienne (GP) et des jeunes autonomes. Ils attaquent différentes ambassades. Les BI dénoncent la dictature en Iran, pourtant soutenue par l’État français. « Les actions armées sont symboliques et efficaces dans la mesure où l’efficacité est aussi symbolique : elle démontre qu’il est possible de rompre avec les pratiques pacifistes et masochistes de la gauche française », écrivent les BI. Ce groupe armé refuse la clandestinité, la spécialisation et la militarisation.

D’anciens activistes de la GP et des jeunes autonomes créent les Noyaux armés pour l’autonomie populaire (NAPAP) en 1977. Ce groupe émerge sur les décombres d’un gauchisme français noyé dans l’idéologie. Les NAPAP préfèrent se référer à l’Autonomie italienne. « Ce qui nous frappe et nous intéresse dans l’exemple italien, ce sont les victoires réelles des forces populaires révolutionnaires dans leur façon de penser, d’agir, mais aussi de vivre en 1977 », écrivent les NAPAP. Ce groupe encourage les mouvements qui se développent en dehors des partis et des syndicats. Il soutient les comités autonomes dans les usines, mais aussi les squats et les auto-réductions.
La désobéissance civile devient une pratique à diffuser face à l’emprise du capitalisme sur la vie quotidienne. « Il est grand temps d’imposer sa manière de vivre autrement », soulignent les NAPAP. Mais, pour transformer les relations humaines, l’action révolutionnaire doit sortir du carcan bureaucratique. « C’est pourquoi nous avons décidé de sortir de la légalité bourgeoise ou réformiste et de pratiquer la lutte armée afin d’instaurer un autre type de vie et de rapports humains entre les gens », précisent les NAPAP.
Le vigile Tramoni qui a tué le militant Pierre Overney à Renault incarne la terreur patronale dans l’usine et le pouvoir des petits chefs. Les NAPAP décident de tuer Tramoni pour venger la classe ouvrière. « L’exécution du flic Tramoni s’inscrit dans le combat actuel pour que les travailleurs prennent en main leur propre destiné. Ceci en commençant dès à présent à conquérir le pouvoir dans leur vie quotidienne », précisent les NAPAP. Ce groupe armée refuse la clandestinité et insiste sur la joie de vivre, malgré la nécessité de la violence. « On aime la vie et nous prenons du plaisir à lutter efficacement contre la société », écrivent joliemment les NAPAP.

Action directe et la lutte contre l’impérialisme

Action directe (AD) se forme en 1979 et provient de cet héritage de la lutte armée. La guérilla doit permettre d’agir « dans la rupture du système institutionnel et conventionnel des relations politiques encadrées, dirigées, manipulées et aliénées », écrit AD. Ce groupe demeure restreint et rentre en clandestinité pour multiplier les actions violentes. Il devient la cible de l’État social-démocrate. AD privilégie les luttes internationalistes et les cibles symboliques. « Cet internationalisme est concret, matériel. Il englobe tous les domaines de la vie des prolétaires et de ceux qui rejoignent leur camp », écrit le journal L’Internationale en 1983.
AD se rapproche des autres groupes armées en Europe, et notamment de la Fraction armée rouge (RAF) allemande. AD exécute le général Audran et Georges Besse, le patron tyrannique de la régie Renault. En 1987, les quatre membres d’AD sont arrêtés.
AD et la RAF attaquent l’Otan et l’Europe de l’Ouest comme centre de l’impérialisme. « Cela signifie clairement pour l’homme ici de plus en plus d’exploitation, de manipulation de masse par le contrôle social et l’idéologie dominante », écrivent AD et la RAF. La lutte contre l’impérialisme permet aussi d’attaquer l’État et le capitalisme.
AD, dans son communiqué qui revendique l’assassinat de Georges Besse, évoque Renault comme un laboratoire dans lequel l’État impose des conditions de travail plus dures, avec la flexibilité et la soumission des salariés.
En 1995, les membres d’AD poursuivent leur réflexion depuis la prison. « Partout la contrainte s’alourdit », constate AD. La lutte révolutionnaire doit se poursuivre « dans le rejet de tous les mécanismes et les conformismes, et fondamentalement dans la critique radicale de l’Institution classiste ». La société du contrôle total impose une routine quotidienne. Le capitalisme fabrique une subjectivité et l’individu comme « un produit « zéro défaut » des nouvelles productivités du dressage social ». Les partis et les syndicats se contentent de revendications réformistes pour défendre le travail et le logement. Les organisations du mouvement social reposent sur « la trilogie très « social-démocrate » du simulacre oppositionnel : l’étatisme, le productivisme et le moralisme ».

Face au constat d‘une destruction de la subjectivité révolutionnaire, aucune nouvelle pratique de lutte ne semble émerger. « Et partout la routine protestataire se perpétue en vase clos », observe le texte. L’engagement révolutionnaire ne dépend plus d’un Parti centralisé mais de la multiplication d’actions directes. « Parce que l’engagement révolutionnaire crée la collectivité et le désir fondamental d’émancipation, il est l’élément décisif du processus de la réapparition de la dialectique, la politique révolutionnaire en acte, l’intervention du sujet, le prendre parti et l’agir en parti pour modifier et guider le rapport entre conditions objectives et initiatives subjectives », propose le texte.
Jean-Marc Rouillan, membre d’AD, revient sur son parcours dans une interview de 2007. En 1968, à 16 ans, il découvre l’effervescence révolutionnaire. « Sur cette base, Mai 68 m’a apporté sa flamme anti-autoritaire et surtout la révélation du primat de la pratique. Ne pas attendre que les choses changent d’elles-mêmes », témoigne Jean-Marc Rouillan. Durant, les années 1970, la lutte armée doit permettre de combattre l’impérialisme depuis son propre pays. « Des dizaines de petites organisations de résistance voyaient le jour comme des groupes autonomes rompant avec les luttes routinières et pacifistes », décrit Jean-Marc Rouillan. Un illégalisme de masse doit permettre de sortir de la manière bourgeoise et institutionnelle de faire de la politique. Mais AD se développe dans les années 1980, dans le contexte de la révolution conservatrice et du triomphe du néolibéralisme.
L’altermondialisme apparaît comme une nouvelle imposture militante. La gauche de gauche et les altermondialistes ne veulent pas un autre monde, mais plutôt un autre capitalisme. « En défendant les visions d’un possible retour à un capitalisme régulé, ils trompent leur monde », observe Jean-Marc Rouillan. Les luttes sociales actuelles ne s’inscrivent plus dans une perspective de rupture avec l’ordre existant. Le prolétariat doit désormais construire et se réapproprier ses propres luttes. « Des luttes nées de la spontanéité et se plaçant résolument hors des cadres du consensus social bourgeois », précise Jean-Marc Rouillan.

L’héritage de la lutte armée

Sans être des groupes armées, des mouvements pratiquent l’action directe violente. Dans les luttes contre la prison, contre le nucléaire ou pour la solidarité internationale, la violence semble diffuse. A partir de 1975-1976, l’autonomie politique valorise l’illégalisme. Ce mouvement regroupe les nouveaux prolétaires, comme les chômeurs, les intérimaires et les travailleurs précaires. Le saccage de bâtiments et le sabotage deviennent des pratiques de lutte. La violence doit permettre d’interrompre la routine d’un mode de vie qui impose la passivité et la soumission. « Rideau de fer à l’Est, rideau de fumée à l’Ouest : l’uniformisation du mode de pensée (celui de l’hommeblanccravaté) ne peut se faire que par le génocide physique et culturel de tous ceux qui ne veulent pas se soumettre », observent les Hooligans internationalistes en 1983.

Durant les années 1980, l’antifascisme radical brise la monotonie du régime socialiste. Dans la région de Toulouse se développent les Scalp (Sections carrément anti-Le Pen), mais aussi le Black War qui pratique la lutte armée. Le soutien à ce groupe face à la répression permet l’enracinement de l’antifascisme radical.
Durant les années 1990, les Franc tireurs et partisans (FTP) luttent contre le Front national dans la région de Marseille. Des locaux du FN sont alors attaqués à l’explosif. Les FTP dénoncent la corruption des politiciens et le triomphe de la civilisation marchande qui expliquent le retour du fascisme. « L’avenir est perçu incertain, le repli sur soi est encouragé par la société de consommation. Il n’y a plus de projet collectif, mot que le capitalisme a transformé péjorativement, en synonyme de société totalitaire », observent les FTP en 1998.

Ses expériences historiques peuvent inspirer de nouvelles pratiques de luttes. Ses groupes armées tentent de construire un espace en dehors du carcan des partis et des syndicats attachés au respect de la légalité. Même en rejettant la violence et les armes, il semble indispensable de sortir de la routine militante avec ses manifestations traîne-savates, ses grèves corporatistes et ses mouvements encadrées par les bureaucraties. Il semble important d’inventer de nouvelles formes de lutte. Surtout, ses groupes révolutionnaires insistent sur l’importance de la conflictualité. Aujourd’hui, l’intériorisation des normes étatiques et marchandes se traduit par le triomphe du conformisme, de l’obéissance et du citoyennisme.
Mais, face à cette routine de la vie quotidienne, certains groupes armés ne proposent que discipline militante et idéologie du sacrifice. Mais l’action directe et la lutte politique peuvent aussi permettre de vivre la vie comme une aventure. Contre la routine gauchiste et militante, il semble essentiel d’affirmer le plaisir de la lutte et la joie de la révolte.

Source: Hazem el Moukaddem, Panorama des groupes révolutionnaires armés français de 1968 à 2000, Al Dante, 2013

Articles liés :

L’après Mai du jeune Olivier Assayas
L’antiterrorisme contre les autonomes
Témoignages sur la lutte armée en Italie
Lutter et vivre dans l’autonomie italienne
Insurrection des désirs dans l’Italie des années 1970

Pour aller plus loin :

Présentation du livre sur le site Feu de Prairie publiée le 28 mars 2013
Entretien avec Hazem el Moukaddem, à propos de Panorama des groupes révolutionnaires armés français de 1968 à 2000, publié le 9 mars 2013 sur le site des éditions Al Dante
Brochures « Agitations armées » sur le site Infokiosques
Film de Martina Loher Rodriguez sur le MIL réalisé en 2006, publié sur le site Esprit 68
Film de Pierre Carles et Georges Minangoy « Ni vieux ni traîtres », sorti en 2006 et publié sur le site Intercessions le 26 mars 2008

Sur la Gauche prolétarienne :
« Gauche prolétarienne Luttes urbaines », publié sur le site Laboratoire urbanisme insurrectionnel
Parti Communiste maoïste de France, « Que l’ancien serve au nouveau : sur la Gauche prolétarienne », publié sur le site Servir le peuple le 1er novembre 2010
Archives du journal La Cause du peuple publiées sur le site Archives communistes
Interview de Volodia Shahshahani, ancien membre de la gauche prolétarienne, publié sur le site des Renseignements Généreux

Sur le mouvement autonome et Action directe :
Archives sur le MIL
Sébastien Schifres, « La mouvance autonome en France de 1976 à 1984 »
Jean-Baptiste Casanova, « Les Autonomes. Le mouvement autonome parisien à la fin des années 1970 », publié sur le site de revue Dissidences
Patrice Herr-Sang, « A propos du mouvement autonome », publié sur le webzine La spirale le 28 novembre 2008
Jean-Guillaume Lanuque, « Action directe. Anatomie d’un météore politique », publié sur le site de la revue Dissidences le 27 mai 2012

tiré de http://zones-subversives.over-blog.com/