[critique de livre]📚Le best-seller de Juan Branco, un opuscule problĂ©matique📚

On a lu le bouquin de Juan Branco qui fait tant parler. C’est avec un vocabulaire d’extrĂȘme droite, une rhĂ©torique du sous-entendu et des concepts bien foireux (l’oligarchie et ses « ĂȘtres ») que CrĂ©puscule prĂ©tend nous dĂ©voiler la marche du monde. Sauf qu’on y dĂ©couvre pas grand-chose Ă  part les obsessions de son auteur.

Auteur·ices de l’article « CrĂ©puscule ou l’erreur de la confusion. À propos de l’idole Branco », on nous a reprochĂ© de ne pas assez parler du contenu de son livre. C’est pourquoi nous en publions aujourd’hui une recension.

Plus profondĂ©ment, cet article, comme le prĂ©cĂ©dent, rĂ©pond Ă  une inquiĂ©tude. Nous avons l’impression que nos camarades de lutte identifient de moins en moins bien les ressorts fascisants ou complotistes de certains discours. Il s’agit sans doute du reflet de notre dĂ©faite idĂ©ologique. Face Ă  un air du temps de plus en plus confus, nous n’avons pas su transmettre des anticorps antifascistes ou imposer une voix claire anti-autoritaire. Si certain·es anti-autoritaires dĂ©cident de s’en accommoder, les auteur·ices de ce texte estiment que la montĂ©e des idĂ©es confusionnistes est un luxe que nous ne pouvons collectivement pas nous permettre. Nous serions heureu·ses de pouvoir passer du temps Ă  lire et Ă  Ă©crire sur d’autres sujets, mais, tant que des discours de ce type pourront pĂ©nĂ©trer dans nos espaces politiques, nous seront contraint·es de passer de l’énergie Ă  y rĂ©pondre. Ce dĂ©cryptage du bouquin de Branco est donc destinĂ© Ă  nos camarades, et son message peut se rĂ©sumer Ă  « faites attention Ă  ce que vous lisez ou diffusez ».

Cette lecture se base sur le pdf disponible en ligne. D’une part, pour ne pas donner d’argent Ă  monsieur Branco ni Ă  son Ă©diteur. D’autre part, parce que l’auteur revendique des « centaines de milliers de tĂ©lĂ©chargements » et qu’on peut donc lĂ©gitimement penser que c‘est cette version qui a Ă©tĂ© la plus lue.

Le paria, victime de la censure mais rĂ©vĂ©lateur des plus grands secrets d’initiĂ©s

DĂšs les premiĂšres lignes, l’auteur assure que son ouvrage est « impubliable institutionnellement […] du fait des liens de corruption, de nĂ©potisme et d’endogamie que l’on s’apprĂȘte Ă  exposer » (p. 2). La sortie du livre aux Ă©ditions Au Diable vauvert, pas franchement underground, et son succĂšs en librairie contredisent cette affirmation. Aussi Ă©loignĂ©e de la rĂ©alitĂ© qu’elle soit, cette phrase introduit bien une posture qu’apprĂ©cie Branco : celle du paria censurĂ© parce que ce qu’il rĂ©vĂšle dĂ©rangerait (qui ? on ne sait pas).

Notons que, comme le confiait son Ă©ditrice Ă  Politis, le bouquin de Branco n’a volontairement pas Ă©tĂ© envoyĂ© aux rĂ©dactions. Ce qui explique qu’il y ait (relativement [1]) peu de recensions et permet, Ă  peu de frais, Ă  Branco et Ă  ses soutiens [2] de crier ensuite Ă  la censure mĂ©diatique… bien que le livre ne soit en aucun cas censurĂ© et alors qu’il a, entre autres, Ă©tĂ© chroniquĂ© par Le Figaro, France Culture, France info, MĂ©diapart, Slate, Reporterre, Politis ou ArrĂȘts sur images… et que son auteur a notamment Ă©tĂ© invitĂ© chez Hanouna. On ne sait pas trop s’il faut rire ou pleurer du ridicule de cette posture [3].

En tous cas, Branco semble convaincu qu’il va nous en apprendre de bonnes, qu’il va « expose[r] un scandale dĂ©mocratique majeur : la captation du pouvoir par une petite minoritĂ©, qui s’est ensuite assurĂ©e d’en redistribuer l’usufruit auprĂšs des siens » (p. 2) et surtout que « le scandale dont il est sujet n’a pas Ă©tĂ© dit ni rĂ©vĂ©lé » (p. 2). Or, l’ouvrage se base essentiellement sur deux autres livres : Mimi de Jean-Michel DĂ©cugis, Marc Leplongeon et Pauline GuĂ©na (Grasset, 2018) et L’Ambigu monsieur Macron de Marc Endeweld (Flammarion, 2015).

Branco leur applique en partie la mĂȘme lecture paranoĂŻaque que pour le sien. Ainsi, la sortie de Mimi aurait Ă©tĂ© « étrangement tenue Ă  l’écart de bien des tĂ©lĂ©visions et mĂ©dias » (p. 9). Le livre a pourtant Ă©tĂ© chroniquĂ© dans plusieurs grands titres (Le Monde, LibĂ©ration, France Info, Elle, pour ne citer qu’eux). On notera par ailleurs que l’ouvrage de Marc Endeweld a Ă©tĂ© publiĂ© bien avant l’élection d’Emmanuel Macron, ce qui semble invalider ce que Branco assĂšne plus loin :

Tout cela est su et connu par quiconque participe Ă  ce landerneau politico-mĂ©diatique qu’est le petit Paris. L’on s’étonne dĂšs lors qu’il ait fallu attendre septembre 2018 pour que les liens entre l’un des plus importants oligarques de notre pays et son PrĂ©sident aient Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©s. » (p. 13)

Sauf Ă  considĂ©rer que « ce landerneau politico-mĂ©diatique qu’est le petit Paris » dĂ©signe en rĂ©alitĂ© toute personne disposant d’une carte de bibliothĂšque ou d’un accĂšs aux librairies, cette affirmation ne semble pas tenir la route.

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Mais qu’est-ce qu’on a fait au Bourdieu ?

Certain·es lecteur·ices ont sans doute dĂ©couvert, grĂące au livre de Branco, qu’il existe une classe dominante et qu’elle travaille Ă  maintenir sa position par un systĂšme d’entre-soi bien rodĂ©. Cela dit, il est trĂšs prĂ©somptueux de la part de l’auteur de prĂ©tendre en faire la rĂ©vĂ©lation. Sans tous les citer, on peut penser aux travaux de Bourdieu et Passeron qui font aujourd’hui autorité [4], et que beaucoup connaissent sans les avoir lus, ou aux ouvrages des Pinçons-Charlot (qu’on aurait du mal Ă  qualifier de « confidentiels » [5]).

Mais peut-ĂȘtre que ce qui sĂ©duit, c’est d’avoir cette fois le point de vue d’un insider un vrai, qui aime Ă  se dĂ©peindre en « traĂźtre Ă  sa classe ». Pourtant, Branco ne semble guĂšre douĂ© pour la traitrise, puisque ce fils de la haute bourgeoisie est Ă  prĂ©sent un avocat de personnalitĂ©s (ex-avocat de MĂ©lenchon, dĂ©fenseur d’Assange et Nicolle) et un polĂ©miste mĂ©diatique… S’il veut rĂ©ussir dans cette entreprise, on lui conseille de changer de mĂ©thode et de s’intĂ©resser aux inspirantes rĂ©flexions dĂ©veloppĂ©es sur le refus de parvenir.

Cela dit, si l’on aime voir un milieu dĂ©peint par ceux qui en proviennent, on regardera avec plus d’intĂ©rĂȘt Les bonnes conditions de Julie Gavras, documentaire qui suit sur une pĂ©riode de treize ans huit jeunes du 7e arrondissement de Paris, du lycĂ©e Ă  la trentaine. Documentaire lui-mĂȘme rĂ©alisĂ© par une « fille de » qui met son milieu d’origine Ă  nu [6]. Les mĂ©canismes de reproduction sociale y sont trĂšs bien expliquĂ©s et on notera que le documentaire a Ă©tĂ© diffusĂ© sur Arte, et qu’il est toujours disponible en ligne. On peut difficilement parler de censure.

Plus loin, l’auteur va jusqu’à se demander « Aurait-on identiquement votĂ©, si l’on avait su que ce jeune admirable, touchĂ© par la grĂące et sorti de nulle part par la seule force de son talent, Ă©tait en fait propulsĂ© par l’un des hommes les plus puissants et les plus influents de France ? » (p. 13). Quel dommage, Branco, notre sauveur, est arrivĂ© un chouĂŻa trop tard pour Ă©viter la catastrophe [7]. Pauvres de nous ! Tout Ă  la dĂ©nonciation des rĂ©seaux d’influence ayant « propulsé » Macron, Branco omet complĂštement d’évoquer d’autres Ă©lĂ©ments de contexte expliquant son Ă©lection : bilan dĂ©sastreux ayant conduit Ă  l’effondrement du candidat PS, affaires de pognon touchant François « Rends l’argent » Fillon, etc.

Redites et de reformulations

Branco aime Ă©galement insister sur un autre fait qu’il a la bontĂ© de nous rĂ©vĂ©ler : les grands mĂ©dias français sont possĂ©dĂ©s par une dizaine de milliardaires.

Nous comprenons que part de cette information n’a pas Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e car part des plus importants mĂ©dias de notre pays appartenaient Ă  tel oligarque, et part des autres mĂ©dias Ă  cet autre oligarque : qu’il y a donc bien, contrairement Ă  ce qui est rĂ©pĂ©tĂ© Ă  tue-tĂȘte par le moindre journaliste Ă  qui on poserait la question, qu’il y a un problĂšme grave dans le fait que la presse française soit concentrĂ©e entre les mains de quelques personnes trĂšs richement dotĂ©es, qui ont investi dans les mĂ©dias car leur fortune dĂ©pend de l’Etat. » (p. 18)

Il faut en effet un immense courage Ă  l’auteur pour rĂ©vĂ©ler cette information, que l’on trouve dĂ©jĂ  dans Le Monde Diplomatique en 2016 [8], dans Bastamag en 2017 et surtout qui est le cƓur du travail de l’association Acrimed depuis… 1996.

En fait de rĂ©vĂ©lation, il n’y a jusque lĂ , et il n’y aura par la suite, vraiment pas grand-chose : de la redite, de la reformulation d’enquĂȘtes menĂ©es par d’autres.

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Des révélations ? Branco préfÚre les sous-entendus

Ce qui est notable en revanche, c’est la façon dont le vocabulaire de la pourriture et de la corruption s’infiltre dans le texte, par petites touches, parfois simplement agaçantes, parfois proprement ahurissantes, comme ici, dans une comparaison Macron-Poutine dont l’auteur se dĂ©fend :

« Il y a bien d’autres Ă©lĂ©ments qui rendraient la comparaison oiseuse, dont le fait que M. Macron ne provient pas des services secrets, mais d’un autre corps tout aussi important, l’inspection gĂ©nĂ©rale des finances. » (p. 20)

Quelques lignes plus loin cet autre passage laisse pantois·e : « On rejettera le parallĂ©lisme dĂšs lors, mais pourtant il nous restera, comme une petite musique nous rappelant de la fragilitĂ© de notre libertĂ©, comprenant que des diffĂ©rences qui pouvaient sembler de nature pourraient n’ĂȘtre que de contexte. »

Et si le but de Branco était celui-là : laisser une petite musique, à force de sous-entendus ?

Le vocabulaire de la pourriture et de la putrĂ©faction est omniprĂ©sent dans CrĂ©puscule. Selon Branco, les « fortunes sont plus souvent le fruit de putrĂ©factions cadavĂ©riques que d’actes qualifiant aux bĂ©atifications » (p. 10). D’autres exemples de son vocabulaire :

« Parce qu’ils se tiennent loin des jeux d’influence qui pourrissent le petit-Paris. » (p. 6)

« Se pourrait-il que l’on comprenne ainsi comment peu Ă  peu la fabrique de l’information en France s’est effondrĂ©e, acceptant avec toujours plus de naturel l’aberrant, faisant s’amollir jusqu’à laisser s’effondrer la sociĂ©tĂ©, emprise dans la mĂ©lasse d’un sentiment de pourri gĂ©nĂ©ralisĂ©, alimentĂ© non pas par la vigueur de la presse, mais au contraire par son incapacitĂ© Ă  dĂ©noncer, Ă  se dĂ©faire de ces liens incestueux qui partout ne cessent de se dĂ©ployer ? » (p. 30)

« Ce qui apparaissait comme un paysage pluraliste, empli de journalistes courageux et indĂ©pendants, ou du moins suffisamment nombreux pour se faire concurrence et Ă©viter ainsi de trop grandes compromissions systĂ©miques, n’apparaĂźt plus, lorsque l’on tente d’y avancer Ă  sec, que comme un putride espace oĂč la peur et l’incertitude, l’asymĂ©trie rĂšgnent pour Ă©craser toute diction de l’information qui ne servirait pas l’un des appareils de pouvoir en place. » (p. 49)

« Ce que nous apprĂȘtons Ă  rĂ©vĂ©ler, c’est donc bien la fable d’un individu qui, nĂ© au cƓur des rĂ©seaux ci-exposĂ©s, s’apprĂȘtait Ă  en devenir le relais nĂ©cessaire autant qu’évidĂ© et Ă©vidant, servant des pouvoirs pourrissants Ă  l’instant mĂȘme oĂč ils se seront montrĂ©s mourants. » (p. 71)

Ce vocabulaire rapproche les Ă©crits de Branco d’une tradition politique clairement identifiĂ©e : celle de l’extrĂȘme droite [9]. Il voisine avec celui du viol (il utilise l’expression de « viol dĂ©mocratique » (p. 3)) ou de l’inceste (cf. ci-avant) et rime souvent avec un dĂ©clinisme tout aussi rance, qui proclame l’effondrement du pays ou de la civilisation. Et on a lĂ  le fond de la pensĂ©e de Branco : une oligarchie pourrie et corrompue serait responsable de tous les maux du pays.

« Forces étranges » et « puissances obscures », un vocabulaire complotiste

Cela dit, on se prend Ă  espĂ©rer : aurait-on enfin un peu de contenu ? Car l’auteur allĂšche Ă  nouveau son lecteur. Il est bĂąillonnĂ© car dans ce pays, on peut certes tout dire « sauf parler des mĂ©canismes empĂȘchant de tout rĂ©vĂ©ler » (p. 20). Ça y est, on y vient, il va nous Ă©clairer sur le fonctionnement d’un systĂšme complexe, sur les rouages du capitalisme, il va peut-ĂȘtre mĂȘme apporter des solutions, allez savoir. Mais en fait non, toujours rien.

Quelques pages plus loin, Branco va jusqu’à reconnaütre qu’en effet il ne nous apprend pas grand-chose :

Il nous faut insister sur ce point : l’on sait qu’au moins parcellairement, ces informations Ă©taient connues par de trĂšs nombreux individus — nous pensons notamment aux rapports entre Niel et Macron, puisque nous les rĂ©vĂ©lions nous-mĂȘme dĂšs 2016. Pourquoi, Ă  part par le courageux et important journaliste indĂ©pendant Marc Endeweld, cela n’a-t-il jamais Ă©tĂ© dit ? » (p. 22)

Eh bien, si tout cela n’a pas fait grand bruit, c’est sans doute Ă  cause de « forces Ă©tranges » : « Quelles forces Ă©tranges sont-elles ainsi capables de censurer les centaines de journalistes politiques ? » (p. 22). Branco ne va pas plus loin mais l’essentiel est lĂ , et lĂ  encore laisse le lecteur·ice se dĂ©brouiller avec des sous-entendus [10].

L’expression « forces Ă©tranges », n’est pas la seule saillie explicitement complotiste de Branco. Quelques lignes plus loin, il Ă©voque une « puissance obscure » (p. 23) [11]. AprĂšs avoir mentionnĂ© une figure classique, « Rothschild et de ses rĂ©seaux » (p. 45), sans rien en dire (mĂȘme pas que la banque a employĂ© Macron… la mention semble ici n’ĂȘtre lĂ  que pour l’imaginaire qu’elle convoque), il se prĂ©sente rĂ©guliĂšrement comme la victime d’une cabale systĂ©mique, dans une lecture paranoĂŻaque du monde oĂč il serait seul contre tous :

L’on tremble parce que soudain, l’on commence Ă  se sentir Ă©trangement seul et bizarrement encerclĂ©, pour peu que l’on ne serve nul intĂ©rĂȘt, ou nul relais qui pourrait un jour ĂȘtre, par l’un de ceux-lĂ , mobilisĂ©. (p. 49)

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Branco ne dit pas que… mais quand mĂȘme

Le reste de cette premiĂšre partie est Ă  l’avenant. L’auteur annonce un scoop puis se contente de relater des faits dĂ©jĂ  connus et publiĂ©s par ailleurs : le pouvoir est acoquinĂ© avec des hommes d’affaires, et les uns et les autres se rendent mutuellement service.

Le pouvoir est corrompu rĂ©pĂšte-t-il en boucle, en usant presque toujours de la mĂȘme figure rhĂ©torique, la prĂ©tĂ©rition, consistant Ă  annoncer « Je ne dirai pas que  » pour affirmer quelque chose l’air de ne pas y toucher.

On a ainsi droit à ce genre de passages assez délirants :

Revenons Ă  la factualitĂ©, Ă©cartant un instant les discours en commun disant communautĂ© de vue, et les politiques qui chez l’un financent l’autre — on ne mentionne pas, puisque ce n’est pas notre sujet, ce que M. Niel avait obtenu chez Madame Hidalgo avant de se servir chez M. Macron — comme l’on ne mentionnera pas la litanie dĂ©lirante de politiques publiques mises en Ɠuvre par M. Macron pour protĂ©ger ceux qui l’ont fait monter. Ce serait prĂ©tendre Ă  cette vision si Ă©trange qui ferait qu’in fine, ces ĂȘtres seraient sans idĂ©es et ne penseraient la politique qu’à travers leur prisme, c’est-Ă -dire Ă  travers ce qui servirait leurs intĂ©rĂȘts. Ce serait rompre avec une vision marxiste que nous considĂ©rons dĂ©phasĂ©e, qui fait des grandes multinationales des molochs sanguinaires et dĂ©sincarnĂ©s, lĂ  oĂč, en traversant ces espaces, nous n’avons vu que des intĂ©rĂȘts privĂ©s capables de se mobiliser et de se projeter Ă  partir seulement de leur situation, ce qui explique la fragilitĂ© et la faiblesse, l’absence de hauteur de vue de ces politiques qui in fine desservent Ă  long-terme les grandes institutions, qu’elles soient publiques ou privĂ©es, pour renforcer seulement les destinĂ©es de ceux qui les prĂ©sident. Ce serait sortir d’un complotisme un peu vain pour exposer la mĂ©diocre humanitĂ© d’individus Ă  qui l’on avait cru une toute puissance machiavĂ©lique. Ce serait les dĂ©grader. (p. 27)

Et un peu plus loin, aprĂšs une attaque fort peu justifiĂ©e contre MĂ©diapart : « Nous n’y croyons pas, mais nous sommes obligĂ©s de le signifier. » (p. 28)

L’argumentaire de Branco repose donc essentiellement sur quatre procĂ©dĂ©s stylistiques : le vocabulaire de la putrĂ©faction, le sous-entendu, la prĂ©tĂ©rition et les questions laissĂ©es en suspens. Disons le tout net : il s’agit lĂ  d’une rhĂ©torique complotiste, dans sa forme la plus classique.

En effet, une grande part de la rhĂ©torique complotiste consiste Ă  Ă©veiller le doute sans jamais, directement, parler de complot, avec l’objectif de gĂ©nĂ©rer de la dĂ©fiance chez celles et ceux qui la lisent ou l’écoutent. Ce faisant, la rhĂ©torique complotiste s’appuie sur deux piliers de la raison moderne que sont la critique et le doute. Si la logique complotiste s’éloigne de la rĂ©flexion raisonnĂ©e, c’est qu’elle vise d’abord Ă  multiplier les doutes, plutĂŽt qu’à les rĂ©sorber par la rĂ©futation d’hypothĂšses.

Cela est trĂšs perceptible chez Branco : le sous-entendu et la prĂ©tĂ©rition fonctionnent de la mĂȘme maniĂšre, ils laissent entendre ce qu’il faudrait penser de tel fait ou de telle idĂ©e sans jamais l’écrire ou le dire franchement. Ce procĂ©dĂ© est d’autant plus fort qu’il s’accompagne de multiples digressions qui Ă©loignent le lecteur·ice du coeur du propos et Ă©paississent le brouillard du texte plus qu’elles n’éclaircissent quoi que ce soit ; et que seuls sont mentionnĂ©s les faits (plutĂŽt des anecdotes) qui peuvent accrĂ©diter la thĂšse de l’auteur, jamais ce qui pourrait la discuter.
De la mĂȘme maniĂšre, les questions laissĂ©es en suspens visent Ă  multiplier les doutes et Ă  introduire des rĂ©ponses simplistes, l’air de rien. Pour ne prendre qu’un exemple, DieudonnĂ© est un spĂ©cialiste du genre, ponctuant nombre de ses phrases d’un « je demande » faussement interrogatif.

L’avantage de ces procĂ©dĂ©s rhĂ©toriques, c’est qu’ils permettent de s’en tirer Ă  bon compte face aux critiques, sur le thĂšme du « je ne fais que poser des questions » et d’affirmer des idĂ©es qui, formulĂ©es frontalement, pourraient tomber sous le coup de la diffamation.

Pour ce qui est du vocabulaire de la putrĂ©faction, il vise Ă  entretenir une petite musique, une ambiance, qui doit conduire le lecteur·ice Ă  relier entre eux les diffĂ©rentes anecdotes ou Ă©vĂšnements Ă©voquĂ©s, qui s’expliqueraient par la nature dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e de leurs acteurs et non, par exemple, par des dimensions structurelles ou systĂ©miques.

Cette ambiance est en fait le deuxiĂšme Ă©tage de la rhĂ©torique complotiste. En effet, classiquement, une fois les doutes multipliĂ©s, est dĂ©signĂ©, de façon essentialisante et souvent relativement floue, un petit groupe social comme pourri, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, amoral (en termes de mƓurs notamment), et responsable de tous les maux identifiĂ©s. Pour Branco, ce groupe, c’est « l’oligarchie », un groupe social qui, malgrĂ© son caractĂšre central dans le livre, n’est jamais dĂ©fini prĂ©cisĂ©ment.

Gabriel Attal, véritable obsession de Branco

AprĂšs cette longue litanie dans laquelle Branco semble vraiment convaincu qu’il rĂ©vĂšle l’insoupçonnĂ©, on passe au cƓur du sujet, Ă  ce qui intĂ©resse vraiment l’auteur : Gabriel Attal [12].

Si la trajectoire de ce jeune secrĂ©taire d’État peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme rĂ©vĂ©latrice du fonctionnement d’un systĂšme de reproduction de l’élite française, on peut vraiment se demander en quoi elle ne relĂšve pas de l’anecdote et de l’animositĂ© que l’auteur semble nourrir Ă  son endroit. Encore une fois, les mĂ©canismes de reproduction sociale ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© expliquĂ©s, et bien mieux, ailleurs. Avait-on besoin de cinquante pages sur monsieur Attal et sur ses conquĂȘtes du lycĂ©e pour mieux en saisir le fonctionnement ? Rien n’est moins sĂ»r. On notera par ailleurs que Branco s’acharne sur un Attal lycĂ©en, quand il reproche lui-mĂȘme Ă  ses dĂ©tracteurs de le juger sur des erreurs de jeunesse un peu potaches (comme la liste sur laquelle il notait ses camarades fĂ©minines).

Cette partie du bouquin est particuliĂšrement pĂ©nible Ă  lire. PlutĂŽt que de proposer une analyse politique, Branco se livre Ă  un rĂ©cit digne de la sĂ©rie Beverly Hills. Le name-droping sert autant Ă  flatter son Ă©go surdimensionnĂ© (fier comme il est de connaĂźtre toute cette haute sociĂ©tĂ©) qu’à en jeter pour impressionner, croit-il, les lecteur·ices. Pour exemple, voici un passage reprĂ©sentatif de l’ouvrage :

Revendiquant ses origines royales et des liens avec la plus grande aristocratie russe, s’entourant trĂšs tĂŽt d’une petite cour, qui comptera parmi ses entourages les hĂ©ritiĂšres des familles Touitou et Olivennes, mais aussi des ĂȘtres plus fragiles et exposĂ©s au sein de l’Alsacienne car manquant d’appuis que les autres ne cessent de rĂ©clamer, alternant entre les grandes socialitĂ©s et les Ă©crasements de ses victimes du moment, sĂ©duisant l’hĂ©ritiĂšre Giscard jusqu’à se trouver invitĂ© en leur domaine et y faire la cour Ă  son idole de l’instant ValĂ©rie, avant de se montrer fier aux cĂŽtĂ©s des hĂ©ritiĂšres Clarins devant le lycĂ©e mitoyen de Victor Duruy — lieu de reproduction des Ă©lites du septiĂšme arrondissement oĂč il n’hĂ©site pas Ă  faire le pied de grue — Attal semble alterner entre jubilation et enragements, luttant contre un monde qui risque, croit-il, Ă  tout moment de l’expulser. (p. 90)

Dans ce passage, on n’a pas bien compris la phrase de fin puisqu’elle est contredite par tout ce qui la prĂ©cĂšde, et la suite. C’est assez reprĂ©sentatif de l’ouvrage. Souvent, en lisant CrĂ©puscule, on a eu du mal Ă  suivre l’auteur, que le dĂ©sir de cohĂ©rence ne semble guĂšre embarrasser.

Surtout, d’une part, ces passages sont incomprĂ©hensibles pour qui n’a pas rĂ©visĂ© son Bottin mondain. D’autre part, ces anecdotes censĂ©es ĂȘtre rĂ©vĂ©latrices ne sont que descriptives et ne dĂ©montrent strictement rien. À chaque fois qu’il a l’occasion de mettre en Ă©vidence le fonctionnement structurel d’un milieu social (ce qui pourrait ĂȘtre intĂ©ressant), Branco choisit d’individualiser le problĂšme en se focalisant sur des personnes et, plus encore, sur leur mƓurs [13]. Nous ne savons pas trop ce qu’on enseigne dans les Ă©coles d’élite qu’a frĂ©quentĂ©es Branco, mais nous doutons qu’on y apprenne qu’un enchaĂźnement d’anecdotes constitue une dĂ©monstration.

Cet attrait pour la personnification devient carrĂ©ment problĂ©matique lorsque surgit, comme un cheveu sur la soupe, une note qui renvoie Gabriel Attal dos Ă  dos avec… Édouard Louis [14].

En cela, Gabriel Attal et Edouard Louis — exact revers de ce dernier — forment les deux faces d’une mĂȘme et dĂ©pĂ©rissante mĂ©daille signifiante d’effondrement pour notre Ă©poque et notre civilisation, criant chacune Ă  la conformation. (p. 85)

Par quel miracle Edouard Louis devient-il un symbole de l’effondrement supposĂ© de l’époque ? On comprend bien que l’auteur oppose ici une figure de l’hĂ©ritier, Attal, Ă  une figure du transfuge de classe, Louis. Mais pourquoi personnifier ? Et pourquoi choisir Édouard Louis (et pas Annie Ernaux, par exemple) ? Branco a beau se dĂ©fendre (trĂšs mal) de toute homophobie, on peine Ă  trouver une autre explication Ă  ce rapprochement [15].

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L’attaque contre l’oligarchie plutît que la lutte des classes

On a vu dans le long passage citĂ© prĂ©cĂ©demment que Branco souhaite rompre avec une analyse marxiste qu’il juge « dĂ©phasĂ©e ». Plus qu’avec le seul marxisme, il largue en fait les amarres avec toute analyse du capitalisme et toute perspective de lutte des classes.

« L’oligarchie », quel terme bien pratique qui fleure bon le populisme. Ce peuple sain fantasmĂ© par Branco et parĂ© de toutes les qualitĂ©s. Son seul dĂ©faut, il ne SAIT pas, car on LUI CACHE TOUT. On oserait presque parler du « Gilet Jaune » comme bon sauvage :

Tous ces gilets jaunes qui ont Ă©tĂ© tant raillĂ©s, sont ceux qui mieux que les autres ont compris. Parce qu’ils se tiennent loin des jeux d’influence qui pourrissent le petit-Paris. (p. 6)

Ce n’est jamais ni le capitalisme ni l’État qui sont mis en cause mais les liens entre État et industriels. L’unique problĂšme de notre systĂšme politique et Ă©conomique, c’est la corruption, visiblement. S’il n’était perverti par ces « ĂȘtres » que Branco dĂ©signe Ă  la vindicte, le systĂšme serait un bon systĂšme ; un « systĂšme sain » Ă©crit Branco (p. 90) [16]. L’idĂ©e qu’un systĂšme puisse ĂȘtre « sain », opposĂ©e tout au long de l’ouvrage au caractĂšre corrompu et pourri du systĂšme actuel est symptomatique d’une pensĂ©e qui flirte bien souvent avec celle de l’extrĂȘme droite. ProcĂ©dant de la sorte, Branco ne s’attaque pas au capital mais rĂ©clame de l’État qu’il soit fort et droit.

Les effets de manche Ă  deux balles de monsieur Branco

BoursouflĂ© est encore un mot trop faible pour dĂ©crire le style choisi par l’auteur de CrĂ©puscule.

On note par exemple que « dans » ou « au » sont presque systĂ©matiquement remplacĂ©s par « en ». Sans doute lui a-t-on dit que ça faisait plus soutenu. Du coup, Branco en abuse, jusqu’au ridicule. Des « en », des « point » comme s’il en pleuvait, un style ampoulĂ© qui tombe Ă  plat et dont on finit par se demander s’il n’est pas lĂ  pour Ă©pater le populo, pour faire intelligent, Ă  dĂ©faut d’ĂȘtre intelligible. Mais on dirait un enfant qui veut avoir l’air grand et emprunte les chaussures d’un de ses parents sans ĂȘtre en capacitĂ© de marcher avec. Pour que tout le monde profite de ce style imbuvable, voici un exemple typique de cet usage du « en » :

Brigitte Macron donc, Ă©gĂ©rie du bien commun, enseignait non pas en un lycĂ©e public, non pas en un lycĂ©e difficile, non pas en un lieu oĂč son engagement serait Ă  valoriser, mais dans l’un des lycĂ©es les plus cossus de Paris (p. 44)

Quant au « nous » qu’utilise Branco, il semble plus ĂȘtre un nous de majestĂ© qu’un nous universitaire. Branco est tout de mĂȘme trĂšs fier de rappeler dĂšs qu’il le peut que lui aussi vient de ce milieu et aurait pu y rester, mais qu’aimant trop le peuple, il prĂ©fĂšre se dĂ©classer volontairement pour se mettre au service des autres [17].

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Branco et les « ĂȘtres »

Branco n’utilise jamais les mots « personne », « homme » ou « femme ». Dans tout le livre, quand il n’emploie pas de noms propres, ces termes sont remplacĂ©s par l’expression « un ĂȘtre ». Au dĂ©but, ça surprend. À partir de la page 20, on se dit qu’on ne devrait pas tarder Ă  apprendre que Macron est en fait un reptilien. Mimi Marchand quant Ă  elle sera mĂȘme qualifiĂ©e d’« ĂȘtre interlope » (p. 71).

L’utilisation du mot « ĂȘtre » est lĂ  pour introduire une distanciation avec les personnes que cite Branco. Ceci est paradoxal : le terme est dĂ©shumanisant Ă  l’égard des personnes visĂ©es alors que, par ailleurs, Branco accorde, en refusant toute explication structurelle des phĂ©nomĂšnes qu’il dĂ©crit, un poids important Ă  leurs actions (et donc ne les dĂ©shumanise pas du tout).

ProblĂ©matique, paradoxal et troublant, ce vocabulaire synthĂ©tise en quelque sorte le problĂšme du livre et de son auteur : tout cela est volontairement confus et politiquement craignos. En ce sens, CrĂ©puscule rappelle qu’il faut aujourd’hui, comme hier, ĂȘtre vigilant : toutes les critiques des classes dominantes et toutes les dĂ©nonciations de la captation du pouvoir par quelques-uns ne sont pas forcĂ©ment Ă©mancipatrices. Elles peuvent parfois ĂȘtre rĂ©actionnaires et autoritaristes. Ceux qui les formulent ne sont pas forcĂ©ment des camarades. Comme Branco, ils sont parfois des ennemis politiques.

Des camarades anti-autoritaires lyonnais·es

Illustrations : captures d’écran d’une vidĂ©o de Branco

P.-S.

Aux complotistes qui cherchent Ă  savoir qui de Plenel ou de Niel nous paye pour faire des analyses critiques de Branco, on vous le dit : la vĂ©ritĂ© est ailleurs…

Notes

[1] Il sort chaque jour quasiment 200 livres en France et bien peu sont ceux qui sont plus chroniqués ou recensés que celui de Branco.

[2] Denis Robert, qui a prĂ©facĂ© CrĂ©puscule, rĂ©pĂšte ainsi Ă  qui veut l’entendre que le livre est censurĂ©…

[3] Comme nous le soulignions dans notre article prĂ©cĂ©dent, la posture de l’intellectuel opprimĂ© par les mĂ©dias s’inscrit dans le pur style des intellectuels rĂ©acs, de Zemmour Ă  Asselineau en passant par Finkielkraut.

[4] Bourdieu et Passeron, Les HĂ©ritiers (1964), La Reproduction : Ă©lĂ©ments d’une thĂ©orie du systĂšme d’enseignement (1970).

[5] Pinçon et Pinçon-Charlot, Grandes Fortunes. Dynasties familiales et formes de richesse en France (1996), Sociologie de la bourgeoisie (2000), Les Ghettos du gotha. Comment la bourgeoisie dĂ©fend ses espaces (2007), La violence des riches – Chronique d’une immense casse sociale (2013). Certains de ces ouvrages ont Ă©tĂ© dĂ©clinĂ©s en BD ou en films documentaires.

[6] Julie Gavras est la fille de Costa-Gavras et de MichÚle Ray-Gavras.

[7] En 2017, Branco essayait surtout de se faire Ă©lire. Il a ainsi rĂ©alisĂ© 13,94 % des voix au premier tour des lĂ©gislatives, comme tĂȘte de liste de la France Insoumise dans la 12e circonscription de Seine-Saint-Denis.

[8] Le Diplo actualise réguliÚrement une carte des liens entre groupes industriels et titres de presse.

[9] Le thĂšme du « tous pourris (sauf soi-mĂȘme) » est un classique de l’argumentaire de l’extrĂȘme droite, particuliĂšrement incarnĂ© en France par les discours du FN, pourtant rĂ©guliĂšrement rattrapĂ© par des affaires de malversations diverses.

Plus profondĂ©ment, l’extrĂȘme droite s’est fait une spĂ©cialitĂ© d’opposer un groupe social dĂ©crit comme pourri, dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©, putride (les juifs, les homosexuels, les franc-maçons… mais aussi, souvent, l’oligarchie) Ă  un peuple dĂ©crit comme intĂšgre et sain qui serait la victime, par manipulation, duperie ou mensonge.

Dans cette rhĂ©torique, pourri et sain s’opposent sur le plan moral mais aussi (surtout) sur les plans ethniques ou religieux (ce que ne fait pas Branco). L’idĂ©ologie nazie (comme d’autres idĂ©ologies suprĂ©macistes) a poussĂ© cette logique jusqu’au bout en identifiant de nombreux types de dĂ©gnĂ©ré·es (cf. prĂ©cĂ©demment) opposĂ©s (parce qu’ils contribueraient Ă  le rendre dĂ©gĂ©nĂ©rĂ© Ă  son tour) Ă  un peuple non seulement sain mais carrĂ©ment souhaitĂ© pur, celui de la race aryenne.

Comme nous l’expliquons plus loin, ce vocabulaire est aussi trĂšs prĂ©sent dans la rhĂ©torique complotiste. Rien d’étonnant lĂ -dedans, tant le complotisme vise essentiellement Ă  diffuser une vision rĂ©actionnaire ou fascisante du monde et amĂšne inĂ©luctablement Ă  rĂ©pandre l’antisĂ©mitisme.

[10] Des fois, le complotisme de Branco apparaĂźt nu. Dans sa vidĂ©o prĂ© 1er mai, dont nous parlions dans l’article prĂ©cĂ©dent, il annonçait notamment avoir des sources lui permettant d’affirmer que le soutien aux manifestant·es de « 2000 Ă  2500 allemands qui sont dĂ©jĂ  en France », puis plus loin : « le 1er mai, il va y avoir un afflux de personnes ahurissant qui va chercher Ă  provoquer une bascule dans ce pays ». Évidemment personne n’a vu ces fameux allemands. C’était juste du grand n’importe quoi tirĂ© de la seule imagination de Branco.

[11] Citation complÚte : « Quelle puissance si obscure permet-elle à ce point de les faire taire, et de transformer une opération de vile propagande en miracle éthéré ? »

[12] PrĂ©sentement secrĂ©taire d’État auprĂšs du ministre de l’éducation nationale et de la jeunesse, Gabriel Attal est issu de la grande bourgeoisie.

Ce n’est pas la seule caractĂ©ristique qu’il partage avec Branco. NĂ©s la mĂȘme annĂ©e, ils sont tous les deux fils de producteurs de cinĂ©ma, ont frĂ©quentĂ© au mĂȘme moment les bancs des mĂȘmes Ă©tablissements scolaires et ont tous les deux travaillĂ© pour des caciques du PS (Filippeti pour Branco, Touraine pour Attal).

Ces similitudes font qu’ils se connaissent bien, et Branco ne s’est pas fait prier pour se servir de ses connaissances personnelles comme d’une arme politique… de la façon la plus dĂ©gueulasse qui soit. Il s’est notamment distinguĂ© en outant Attal, c’est-Ă -dire en rĂ©vĂ©lant publiquement, contre la volontĂ© de celui-ci, son homosexualitĂ©. Branco a fait du PACS d’Attal avec un proche de Macron une pierre angulaire de sa dĂ©monstration du nĂ©potisme du pouvoir actuel.

[13] Parfois, les dĂ©nonciations des mƓurs de la bourgeoisie prennent sous la plume de Branco des airs de romans de gare. Ainsi dĂ©crit-il les troubles amours lycĂ©ennes de Gabriel Attal et d’« Alexandra R., petite fille d’Alain Touraine, est surtout la fille de Marisol Touraine, hiĂ©rarque socialiste en vue. Trotskyste mĂ©prisant les social-traĂźtres de l’école et ses pairs, Alexandra, qui finira Ă  HEC » (p. 95-96). On hĂ©site entre consternation et franche rigolade.

[14] Dont il n’est jamais question dans le reste de CrĂ©puscule, ce qui semble logique Ă©tant donnĂ© les origines sociales de cet Ă©crivain, que mĂȘme Branco n’arrive pas Ă  relier Ă  l’oligarchie.

[15] Sur l’homophobie de Branco et ses piteuses tentatives de s’en dĂ©fendre, on lira les billets de JĂ©rĂŽme Mardin, « Juan Branco au cafĂ© de Flore » et « Juan Branco, dramaqueen du rĂ©visionnisme homophobe ».

[16] Au passage on dĂ©couvre qu’aux yeux de Branco, la concurrence est une bonne chose. Ainsi Ă©crit-il : « L’inconfort pousse Ă  la distinction, et explique pourquoi Attal ne sombrera, contrairement Ă  la plupart de ses congĂ©nĂšres, dans l’insignifiance la plus totale une fois sortie de ce maelstrom, et continuera de tenter de se construire un destin. MalgrĂ© un cumul de capitaux tel qu’en n’importe quel systĂšme sain, une concurrence et stimulation bĂ©nĂ©fique aurait poussĂ© non seulement les impĂ©trants, mais aussi la sociĂ©tĂ© dans son ensemble, Ă  s’en trouver bienfaits, l’Alsacienne incite au confort et Ă  l’installation. Cela, on ne pourra pas lui reprocher de l’éviter. » (p. 90)

[17] Exemple, page 46 :
«L’on commence en tous cas Ă  comprendre les raisons de ce dĂ©calage Ă©tonnant entre notre ressenti – nous qui avons accumulĂ© les mĂȘmes titres et suivi, grosso modo, le mĂȘme parcours, et qui dĂšs lors ne pouvions ĂȘtre impressionnĂ©s par la surface qui Ă©tait prĂ©sentĂ©e, forcĂ©s de tenter d’en percevoir le fond et de ne jamais le trouver, rĂ©tifs Ă  tous les dispositifs d’intimidation symboliques mis en place par les oligarques dont nous parlons, puisque conscients de leurs mĂ©thodes de fabrication, nous en somme qui n’existons et n’avons de lĂ©gitimitĂ© qu’en ce que nous avons Ă©tĂ© instituĂ©s pour contrĂŽler les utilisations indignes des titres et fonctions que nous partageons avec M. Macron, Ă©viter que des ĂȘtres viennent trahir tout cela pour se servir ou servir leurs intĂ©rĂȘts.»

vu sur rebellyon.info

 

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