On s’est rencontré là ou les corps et les pensées résistent, là ou les portes s’ouvrent et les cailloux volent, à l’endroit exact où la rage devient entraide et où l’amour transforme et fait reculer le vieux monde.
On a fini par vivre ensemble, partager un toit, le shit, les chources, du vin, des discussions et des missions, des rires et des sourcils froncés.
Tu étais toujours prêt, déterminé et généreux. Prêt à risquer la garde à vue pour nourrir gratuitement tout un squat avec les mets les plus fins que la bourgeoisie se réserve, prêt à écouter les unes et les autres et à leur donner un peu de ton courage, prêt à soutenir les ami.es mais aussi tout.es ces inconnu.es qui nous font dire qu’on lutte ensemble, prêt à marcher toute la nuit pour une occup’, une soirée, ou juste le plaisir de la dérive, prêt à lever le pouce pour traverser l’europe, à rire, à jouer, à pleurer, à batailler, à lâcher un croc, une taf, une gorgée, prêt à occuper la rue, les maisons vides, leurs bureaux et leurs amphis…
Merde, on avais pas encore 25 ans et tout ça parait hier. Ton sourire m’occupe le crâne, à St denis, à la Plaine, à Fontenay, au Bourdon à Bastille, à Danube ou tu dormais sous le toit, à Cascade où on buvait le café à la turque. Tes vantardises, tes blagues de gremlins, maintenant je ne peux que les regretter… Combien d’années m’a-t-il fallu pour comprendre qu’elle n’étaient que le reflet de ta détresse d’être arrivé sur cette terre où l’on ne sait pas qui l’on est, quelles injustices on subira et quels fardeaux elles deviendront.
On ne peut plus parler ensemble de tes torts, on ne peut plus parler ensemble de tes vertus…
Ensemble on a traversé le miroir, on est allé voir de l’autre côté de leurs normes et injonctions. On a refusé de les reproduire combien même le vieux monde nous talonne, ensemble on a couru à perdre haleine quitte à se perdre, pour se perdre.
Quand d’autre se laisse guider, tu as choisis d’agir, jusqu’au bout.
Depuis, tous mes souvenirs de toi sont comme un réceptacle à la tristesse et la colère : j’aurais aimé, j’aurais voulu, que reste-t-il?
Et puis au milieu de tout ça il y a cette étincelle, ce petit feu qui illuminait ton regard et en faisait un brasier.
Je vais tâcher de l’alimenter.

image tiré du clip les pieds dans le plat, tourné en 2010 au bourdon à bastille
