????️ »La Décroissance », ce journal que nous n’achèterons pas… ????️

Le journal La Décroissance, « journal de la joie de vivre », édité à Lyon, lié à l’association Casseurs de pub, se veut un journal critique de la consommation, prônant une société de partage et de sobriété. Mais ce partage ne se veut pas avec tout le monde. Cela fait de nombreuses années que ce journal diffuse des propos sexistes, homophobes, transphobes, antiféministes, autoritaires et j’en passe.

Le numéro de juillet-août 2019 est particulièrement problématique. Si l’idée d’avoir une critique construite et approfondie de la technoscience, des systèmes techniques, du capitalisme et de la croissance est importante, dans ce numéro on se demande bien quelles sont les intentions réelles des auteur·e·s.

En effet, près de la moitié (12 pages) est consacrée à un dossier intitulé « Grande confusion ou altérité ? ». Toutes ces pages sont employées à s’opposer à la suppression des « dualités importantes » de la société, défendant la morale de base du christianisme. Plusieurs articles citent la Bible comme référence (« Dieu va lui créer un vis-à-vis en séparant les 2 sexes. Cependant, l’entrée en relation n’est possible que si chacun accepte un manque. La reconnaissance du vis-à-vis implique une perte »). Pour faire ce dossier, le journal recourt aux corps les plus réactionnaires à ce sujet : des théologiens et des freudiens (voir la fin de l’article).

On assiste alors en une succession d’articles insultants qui regroupe un florilège de discriminations. Ils sont tour à tour âgistes, spécistes, homophobes, transphobes et sexistes, sous couvert de suivre leurs maîtres à penser que sont Bernard Charboneau et Jacques Ellul.

Ce dossier est là pour nous expliquer que la base fondamentale de la société, c’est de créer une famille avec un couple hétérosexuel qui souhaite faire des enfants (l’article « Le Soi – l’autre » nous apprend que les gens qui ne veulent pas faire d’enfants seraient égocentriques), une figure du père fort et autoritaire, des enfants soumis jusqu’à l’âge adulte, surtout pas de sexualité déviante, pas de passion viciée et pas de considération pour les animaux non humains.

Journal La Décroissance, un bastion des manifs pour tous ?

Ce dossier veut nous imposer une seule et unique forme de sexualité. Il est confusionniste, car il mélange des concepts qui n’ont absolument rien à voir : transgenre, transsexuel, transhumanisme, dysphorie de genre, LGBT, homosexualité, bisexualité, gender studies, etc.

Un article parle d’ailleurs de « couples LGBT ». LGBT signifie lesbien, gay, bi, trans. Un « couple LGBT » n’a aucune signification en soi, si ce n’est vouloir cataloguer des individus pour désigner leur identité comme un problème.

Dans ce dossier, tout ce qui commence par « trans » est considéré comme identique, les auteurs vont même jusqu’à inventer des mots pour entretenir cette confusion : « Ce mouvement transidentitariste est essentiellement constitué par les différents groupes de pression, les nombreuses petites sectes et autres groupuscules cyberactifs que sont les transgenres, transsexuels, transbiomorphismes et transhumanistes ». Par extension, tout ce qui est compris par les auteurs de ce dossier comme étant lié au « trans » (queer, LGBT, homosexualité) c’est pareil.

Le dossier nous explique que la différence homme-femme est naturelle (c’est bien inscrit dans les chromosomes) et non construite socialement. Par la suite, il nous explique que les modifications sociales de genre sont regrettables pour la nature humaine. Il ne nous explique pas pourquoi, si cette construction genrée de la société est « naturelle », c’est-à-dire universelle et inamovible, elle se modifierait socialement. Première contradiction énorme, s’il pense réellement que cela vient de la nature, la masculinité et la féminité ne pourraient pas changer, n’est-ce pas ? Or le journal établit les causes sociales de ces modifications : ce serait le capitalisme et les « idéologues du gender ».

« En ce qui concerne plus précisément la question du transgenrisme qui sévit actuellement dans la presse, mais aussi à l’université via les gender studies constituées en véritables maffias herméneutiques et cliques censureuses, vous avez raison, il s’agit d’une vaste offensive pour nier l’existence même des deux sexes, homme et femme ou mâle et femelle. 
[…] Les communauté LGBTIQ+, mais aussi celles des bods mods et des trans ou posthumanistes ont réussi à imposer divers débats sociétaux qui, même s’ils concernent une infime minorité de petits-bourgeois mal dans leur peau ou de geeks délurés devenus incapables de faire la différence entre la réalité effective et leurs délires cybernétiques […] »

Rappelons que la notion « d’idéologie du gender » n’existe pas, et encore moins des « théories du gender studies », comme le journal peut nous l’insinuer. Ça fait plus classe de citer en anglais, comme une marque déposée, mais « gender studies » veut simplement dire « études de genre », c’est-à-dire que ce sont des études qui regroupent des analyses sociales et historiques sur les constructions liées au genre.

Le capitalisme est basé sur la différence genrée de la société. L’éducation, les structures sociales sont basées sur une différenciation genrée tant proclamée par le journal, la transphobie et le patriarcat sont des bases importantes de cette société. Il est complètement faux de dire que « l’idéologie » des trans et des LGBT sont soutenus par la « presse bourgeoise » et que ce sont des piliers du capitalisme, c’est tout le contraire. Par ailleurs les individus qui ne se reconnaissent pas dans leur genre assigné à la naissance ont toujours existé dans l’histoire, bien avant le développement du capitalisme. S’il y a un doute à ce sujet, voir la chronologie « L’Enfer n’a de Furie plus grande » de la brochure Queer Ultra Violence.

« Il n’est pas dénué de sens de voir d’ailleurs dans ce « troisième type » la capacité de « penser pouvoir vivre dans un troisième sexe : celui-ci relèverait de ce que la possibilité existerait désormais de rester dans le no man’s land du bisexuel, dans ce lieu où il n’y aurait pas à choisir son camp, lieu de libre arbitre qui permettrait de préserver la double appartenance pour se mettre – à son corps défendant – à l’abri d’un engagement face à l’indécidable ».

Il est à rappeler que personne – religions, capitalistes, publicitaires ou le journal de la décroissance – ne pourra décréter comment notre sexualité doit fonctionner, qu’on ne puisse pas être jugé sur le fait qu’on ait des « passions ». Il est à rappeler de même qu’aucun réactionnaire ne pourra décider de quelle identité on doit faire partie, ou juger quel style vestimentaire on doit porter.
L’article « Le Beau – le laid » nous explique que le problème de la société réside en cela : « Les transgenres popularisés par le showbiz, l’écriture inclusive, les vêtements unisexes, la gastronomie mondialisée, les formulaires administratifs neutres », ou encore dans le sain – le malade le problème sociétal c’est de vouloir « changer de sexe à sa guise, fétichiser l’anus, fabriquer des enfants grâce à des machines (humaines ou non), réinventer la langue, etc. »

Ce journal veut nous inculquer les bonnes valeurs de ce que le « mâle et la femelle » doivent porter, et tout individu qui essaierait d’y déroger serait un malade à soigner. « Si un travesti savait qu’il « jouait à la femme », il n’en est, malgré le délire évident, pas réellement autrement du transgenre, sauf que cette fois-ci, et ce n’est pas rien, il est persuadé en se persuadant, avec l’appui du social et de la technique, qu’il est réellement ce qu’il voulait être ».
Non, vouloir s’habiller comme on le sent n’est pas « jouer à être une femme », ne pas vouloir correspondre à la norme de genre établie par la société n’est pas une pathologie. Vouloir ne pas être cisgenre (c’est-à-dire avoir son genre perçu qui correspond à celui donné à la naissance) n’est pas quelque chose à soigner, de la « dysphorie de genre » ou pire une « crise de dysmorphobie ». Par définition, la norme est le construit de la société capitaliste, s’échapper de la norme ne peut donc pas être une contribution à ce libéralisme.

Pour rappel : le transhumanisme est une idéologie considérant l’humain comme une machine, et donc comme pouvant subir des extensions par la technologie, voir un remplacement par celle-ci. Le transhumanisme souhaite uniformiser, normaliser, calibrer l’être humain. La branche transhumaniste de Google s’appelle d’ailleurs l’université de la singularité.

Alors que les perspectives LGBTQI souhaitent au contraire lutter contre les discriminations des différences. Le dossier présente toujours les idées queer comme souhaitant « nier les différences », sous-entendant qu’elles sont uniformisantes. Au contraire, ces idées poussent à s’échapper de la normalisation des êtres humains sur des critères biologiques. Le journal ne précise à aucun moment ce qu’il considère comme « masculin » ou « féminin », car il considère que ça va de soi. Il navigue en permanence sur ce flou artistique pour amener le reste de son idéologie dérangeante.

Transphobie dans le milieu technocritique

Penser la critique de la technique dans le champ de la société capitaliste est un élément important. Mais de nombreux groupes (pièce et main d’œuvre, site internet « le partage », des membres de deep green écologie, etc.) tombent dans les travers d’analyser un « état de nature », où la nature nous voudrait cisgenres, hétérosexuel·le·s et en couple. Ces éléments ne sont pas « naturels » ou « universels », car chez tous les individus que composent les animaux (humains ou non humains) on ne retrouve pas ces critères.

Tout est bon pour essayer de faire des liens entre la technocritique et une vision moraliste réactionnaire. Dans le dossier, on n’hésite pas à faire un lien, comme un cheveu sur la soupe, entre les gens qui se permettent de rouler en 4×4 avec les gens qui veulent modifier leur corps…

Pour ce qui est d’une soi-disant critique de l’intervention chirurgicale, ou de la médicamentation qui est portée contre les personnes qui ne se reconnaissent pas dans leur genre assigné à la naissance, on en voit une limite évidente. « Le nombre d’enfants traités par le service de genre a augmenté de 2 500 %, passant de 97 à 2 590 » nous dit un des articles. Pourquoi « oublier » que la majorité des interventions hormonales / chirurgicales / médicales sont pratiquées pour justement correspondre au genre assigné à la naissance ? Pour tout ce qui permet de revenir à la norme, curieusement, zéro accusation « de transhumanisme ».

Entre 1 et 4 % de la population naît intersexe, 96 % d’entre eux·elles subissent une intervention médicale souvent imposée et injustifiée [1].

De plus, combien de personnes doivent prendre des hormones, faire des épilations (définitives ou régulières), faire des opérations pour correspondre à la norme de cette société genrée ? Ces articles n’en parlent pas, car ils ne portent pas de regard critique sur notre rapport à la médecine ou aux lobbies pharmaceutiques, ils ne sont là que pour nous dire comment on doit être et comment on doit s’identifier.

Le dossier nous parle d’opération des personnes trans (la chirurgie génitale) sans connaître la problématique. Il·elle·s pourraient faire des articles sur les riches qui utilisent la chirurgie comme il·elle·s l’entendent, ou sur certaines problématiques liées aux questions de genre abordées dans le paragraphe au-dessus. Non, le dossier a choisi comme cheval de bataille une minorité qui subit déjà une oppression systémique.

Premier élément de confusionnisme, toute personne qui ne se reconnaît pas dans le genre attribué à la naissance ne souhaite pas se faire opérer. Deuxième élément, il·elle·s ne parlent pas du cadre légal qui oblige en France de recourir à une chirurgie génitale pour être reconnu et pouvoir prétendre à un changement de l’état civil, ou encore de la pression du corps médical. Ce cadre a pour objectif principal de stériliser les personnes trans :

« Les interventions touchant les organes génitaux femelles internes visent, d’une part à stopper la production d’hormones femelles, et d’autre part, par le biais de cette stérilisation, dans la majorité des cas en France, à pouvoir prétendre juridiquement aux trans FT* au changement d’état civil. Il ne s’agit pas nécessairement d’un choix, mais d’une obligation juridique et psychiatrique afin que les trans FT* ne puissent se reproduire. Il s’agit donc d’une stérilisation, car à ce jour, nous avons peu de témoignages de trans FT* ayant eu recours à cette opération à cause de problèmes de santé liés à la prise de testostérone. Il n’y a pas non plus d’enquêtes épidémiologiques menées à ce sujet. La loi vise à être changée pour que les stérilisations ne soient plus une obligation au changement d’état civil. » 
(Brochure Ft* du collectif outrans, voir aussi la brochure Mt*)

Et surtout, au-delà de ces confusions entretenues volontairement, il semble problématique de parler d’opération sans s’intéresser aux personnes elles-mêmes qui le pratiquent ainsi qu’à leurs motivations, d’autant plus dans un texte à forte tendance moraliste. Ces garant·e·s de ce qui devrait être dans l’ordre de la nature ne s’intéressent pas au bien-être de personnes souhaitant avoir une chirurgie génitale : elles ne font que les discréditer et les étouffer.

Confusionnisme et PMA

De la même manière, ces articles entretiennent la confusion sur ce qu’est la procréation médicalement assistée. Il s’agit d’un ensemble de techniques médicales très variées pour pouvoir avoir un enfant. Les sources réactionnaires ne définissent jamais les méthodes exactes critiquées. L’article « Le Masculin – le féminin » nous parle de l’horreur de pouvoir procréer sans père, d’avoir des enfants seul·e ou en couple homosexuel.

La PMA est aujourd’hui largement pratiquée non pas par les personnes homosexuelles, mais le plus souvent par des couples hétérosexuels qui ne sont pas fertiles (ou qui ont du mal à faire des enfants). Pourtant ces articles n’en parlent pas, car leur problème encore une fois n’est pas la PMA, mais savoir que des « contre nature » puissent y avoir accès, c’est à dire quand des gens ne se fondent pas dans un couple hétérosexuel (chrétien ?).

D’ailleurs, Dany-Robert Dufour qui est interrogé dans l’article « Le Moi – le nous » et qui est cité dans les autres articles nous explique dans l’article « 2015 – sur l’état civil des enfants du mariage homosexuel – le débat » :

« Que les homosexuels qui se marient sachent qu’ils ne pourront pas à cet endroit invoquer l’égalité avec les couples hétérosexuels infertiles qui peuvent avoir recours à des techniques médicales de réparation. D’une part, parce qu’il s’agit non pas d’un droit juridique dont disposeraient les hétérosexuels, mais d’une disposition naturelle que la médecine peut de plus en plus souvent restaurer si elle est altérée. […] Un couple homosexuel se trouve non pas dans un cas de défaillance naturelle, mais d’impossibilité absolue puisqu’il manque à la règle nécessaire et suffisante pour avoir des enfants : qu’il y ait deux sexes. »

Un autre mécanisme utilisé par le journal est de se présenter comme victime alors qu’il est en train de justifier idéologiquement les dominations structurelles en cours (inversion de bourreau à victime).
« Ceux qui diront non à cela seront qualifiés de néoréactionnaires, avant d’être psychiatrisés comme straights, c’est-à-dire « psychorigides » ou « normolâtres », ou encore mentalement retardés pour cause de « patrocentrage » observez-vous. » Ils poussent la manipulation jusqu’à inventer des mots. Le mot normolâtre n’existe à priori pas (du moins n’apparait pas sur internet) de même que « patrocentrage ». »

NON, les personnes transphobes – homophobes – sexistes ne sont JAMAIS psychiatrisées (= être pathologisé·e·s par le système psychiatrique qui souhaite vous soigner par l’enfermement ou les médicaments) pour ces faits, par contre les personnes trans le sont régulièrement en France pour ne pas correspondre aux normes de genre (« dysphorie de genre » est inscrit dans le DSM – la bible des psychiatres américain·e·s, l’Organisation mondiale de la santé a changé la maladie de « transsexualisme » par « incongruence de genre » dans sa CIM-11 qui sera appliquée en 2022).

Des articles provirilisme et âgiste

« Ce discours actuel m’apparait à la fois effrayant et grotesque, mais il remonte à plusieurs décennies, lorsque certaines féministes faisaient déjà l’équivalent entre virilité et violence, voire viol, entre masculinité et brutalité et lorsque des hommes se mettaient à cultiver leur « part féminine » – nouveaux pères et gentils copains, hommes doux, mous et flous….
Un tel rejet haineux de la masculinité témoigne d’un refus de la loi et de l’autorité, il veut abolir la figure du Père qui distingue et sépare, au seul profit de la Mère qui rassure et englobe. Ce discours ignore aussi ce que représente la vertu de Force. » (le sain – le malade)

Le « masculin – le féminin » nous explique la décadence de notre société qui met de côté la part du Père qui doit marquer son autorité dans la famille (l’effacement du rôle du père mène pour ce dossier à l’évolution du capitalisme !).

L’article « L’Adulte – l’enfant » nous explique sérieusement qu’il est anormal que la militante Greta Thunberg soit promulguée dans les médias pour son activisme pour le climat. En effet pour Jean Pierre Lebrun le problème n’est pas une question d’approche politique, mais, 1) que les enfants ne doivent pas lutter, 2) une enfant de 15 ans n’a pas à être prise en considération par les médias. Pour lui, un poids excessif est donné aux enfants. L’article nous dit alors que les mouvements antiagistes sont des mouvements de pédophiles et que penser une domination de l’adulte sur l’enfant (l’auteur nous dit que c’est « nier la différence adulte-enfant ») amène à une malformation des êtres. [2]

Nouvelle absurdité, après avoir expliqué pourquoi les enfants n’ont pas leur place dans la lutte pour le climat, ça finit par « où irons-nous alors chercher chez des individus ainsi (mal) construits psychiquement les personnes adultes dont nous aurons besoin pour affronter les immenses problèmes -dont celui du climat – qui se préparent ? »

Les enfants sont une population qui subit une oppression importante, la nature sert encore une fois de base pour justifier la normalité de ces oppressions. [3]

Une décroissance antiantispéciste

Après Paul Ariès qui nous sort un brûlot caricatural contre les vegans, voilà dans « L’Humain – l’animal » un portrait de l’antispécisme, qui serait au service du scientisme, qui ne ferait plus de différence entre l’homme et l’animal. Pour ce journal, toute critique d’un système dominant correspond à une négation de la différence. Avoir une analyse sociale d’un sujet ne revient pas à le nier, au contraire c’est chercher à mieux l’appréhender et pas le mysticiser comme c’est le cas ici.

Après un détour qui nous explique en substance que les êtres humains sont supérieurs aux animaux, car « nous sommes la seule espèce qui parle », on nous dit que « L’élimination de la différence sexuelle, animalisation de l’homme, effacement de la mort, refus de l’idéal, tout fait sens. » Nouveau confusionnisme ?

L’article « L’Humain – la machine » nous dit que « Le risque de cette confusion est en effet de faire de l’être humain un être purement naturel, analogue à un animal, à une plante et à un massif montagneux » complétant qu’ « un principe supérieur, de type éthique ou juridique, tel que le respect absolu de l’animal ou de la nature ». Pour le théologue Fréderic Rognon qui a écrit l’article, non seulement ce qui n’est pas humain n’a pas de liberté propre, animaux non humains et végétaux ne suivent que des lois de la nature. Mais l’humain serait la seule espèce pouvant avoir du respect pour l’animal ou la nature. Encore une fois, les êtres qui détruisent le plus sont ceux qui seraient le plus à même d’avoir une considération pour ce qu’il·elle·s détruisent ?

L’antispécisme, c’est-à-dire la critique de l’idéologie portant l’humain supérieur aux autres espèces, est une approche nécessaire d’une pensée critique de la technique et de la société capitaliste. Il faut en effet avoir une considération pour les autres êtres vivants pour pouvoir construire cette approche critique.

Des intentions de nuire

Ce dossier instrumentalise énormément les images. Il met en scène des individus qui « représenteraient » les mouvements dénoncés, avec des petites phrases provocatrices telles que « suicidé à 54 ans », ou « encore vivant ».

Qui plus est, il généralise systématiquement, alors qu’en réalité l’antispécisme ne se réduit pas à Peter Singer ou à Aymeric Caron, que les mouvements LGBTQI et antiâgistes ne sont pas réductibles non plus par 2, 3 références sorties d’on ne sait où, inventées par eux·elles-mêmes. Ces pratiques essaient de construire l’image de sectes. Le mot secte est d’ailleurs employé, et un article nous dit « [le discours transidentitaire cimente] une communauté autoproclamée (par les mots d’ordre, les contenus doctrinaux, le langage ou la novlangue, les signes de reconnaissance, les codes, les cryptages, etc.) ». Encore une invention de Fabien Ollier qui nous parle d’une communauté autoproclamée alors que c’est lui-même qui l’invente de toute pièce. En effet, il existe une multitude de visions de ces questions-là. Le mot novlangue revient tout au long des articles, alors qu’eux·elles-mêmes sont des champions en ayant inventé plusieurs mots afin de pouvoir produire ce contenu.

On peut en revenir sur les intentions de ce genre de dossier qui commence à se faire à répétition, et qui se retrouve dans différents groupes. Leur objectif ne serait-il pas d’exclure les populations jugées indésirables par ce journal des luttes écologistes / décroissantes / antitech’ ? Mais pour garder qui au final ?

Ne restera-t-il comme exemple que cette famille, un couple hétéro avec un enfant, démissionnaire, ancien ingénieur au CEA et une ancienne chercheuse liée à la finance qui nous parle de leur maison de 170 m² avec une belle photo de la famille, article écrit 2 pages avant le dossier ? Serait-ce donc ça l’image type de la société de partage selon le journal la décroissance ? À moins que l’intention soit de recruter massivement chez les manifs pour tous et chez les branches réactionnaires néorurales (soraliennes et autres) présentent dans certaines campagnes ?

Et donc… ?

Il est bien possible de réagir sur les idéologies portées dans ce dossier. On peut leur écrire :

La Décroissance/Casseurs de pub – 52, rue Crillon – BP 36003 – 69411 Lyon cedex 06.

Il y a la technique du coup de marqueur (ou du briquet) lorsque votre route croise ce journal (dans les bibliothèques – sur des tables de presse). Voir aussi avec des camarades qui peuvent encore les diffuser sans se rendre compte du contenu de ce torchon. En parler avec les gens que vous connaissez qui publient dans ce journal.

On peut, tant qu’il·elle·s n’auront pas changé leur idéologie, éviter d’inviter, ou venir perturber les conférences parlant de genre ou de l’enfance de ces personnages ayant contribué au côté réactionnaire de ce dossier (avec des citations du dossier) :

  • Fabien Ollier qui récolte la palme de l’insultant « l’idéologie transidentaire sert aussi à légitimer l’ordre établi, car tous les discours sur la fluidité du genre entrent en congruence avec le nomadisme ultra libéral des nouveaux entrepreneurs du soi-même ou des start-upers du souci de soi, et avec l’injonction qui est faite à chacun d’exploiter son capital corporel, de le performer, de le désigner, de le personnaliser ou de le dépasser en vue de le faire circuler sur les marchés transnationaux du corps compétitif ».
  • Jean-Pierre Lebrun, entre autre dans une association freudienne internationale spécialisée dans l’analyse d’éducation autoritaire des enfants, dans la chasteté et sur le rôle « maternel » et « paternel ». « Le sexuel est traumatique pour le sujet, puisqu’il est l’irruption de quelque chose qui ne trouvera jamais sa place adéquate dans l’appareil psychique. Ça fait irruption, ça fait intrusion. Nous le savons bien parce que l’adolescence, par le biais de l’imprégnation hormonale, le sexuel est en train de tout à coup l’agiter, non seulement le sexuel, mais aussi le génital » nous dit-il dans une vidéo qui s’appelle « En quoi la sexualité pose question, est-elle traumatique ? ». Les titres des autres interventions de sa part sur ce site sont tout autant éloquents : « Quand les enfants se tripotent…« , « fonction maternelle, fonction paternelle« , etc.
  • Alexandre Penasse (rédacteur en chef de Kairos déjà alpagué par une émission féministe dans radiopanik), grand opposant à l’homoparentalité. « Comment en effet se confronter à la différence, si désormais, la mêmeté des places de père et de mère épargne au futur sujet de faire son apprentissage dans cette confrontation »
  • Jacques Luzi qui nous explique que le suprême du transhumanisme c’est la PMA.
  • Dany-Robert Dufour : « Le devenir unisexe sans amour est présenté comme le summum de la liberté. J’ai été il y a peu en Amérique du Nord où beaucoup d’enfants, souvent de couples LGBT, mais pas seulement, reçoivent des inhibiteurs de pureté qui empêchent le développement des parties sexuées du corps. […] Ces gens très « libres » sont donc de véritables aliénés du marché ».
  • Fréderic Rognon (directeur de publication de la revue Foi et Vie)
  • Alain Troyas « Cette non-société en marche on peut la deviner ni féminine, ni masculine, ni patriarcale ni matriarcale, mais tout à la fois et en même temps », qui dénonce la « queerisation systémisée ».
  • Jacqueline Kelen, dont sa référence principale est la Bible. 
    « Le discours médiatique contemporain tend à développer l’idée que « le mâle c’est le mal ». Ainsi l’homme devrait « trouver la femme qui est en lui » pour en chasser la masculinité toxique. Qu’est-ce que cela vous inspire ? [pose comme question le rédacteur de l’article « le bien – le mal » à J. Kelen qui répond :]
    – Ce discours actuel m’apparait à la fois effrayant et grotesque, mais il remonte à plusieurs décennies, lorsque certaines féministes faisaient déjà l’équivalent entre virilité et violence, voire viol, entre masculinité et brutalité et lorsque des hommes se mettaient à cultiver leur « part féminine » – nouveaux pères et gentils copains, hommes doux, mous et flous…
    Un tel rejet haineux de la masculinité témoigne d’un refus de la loi et de l’autorité, il veut abolir la figure du Père qui distingue et sépare, au seul profit de la Mère qui rassure et englobe. Ce discours ignore aussi ce que représente la vertu de Force.
     »
  • Vincent Cheynet pour être le chef éditorial de ce torchon qui a contribué depuis quelques années à ces dérives intolérantes.
  • Et pièce et main d’œuvre pour publier du Jacques Luzi et qui vient de publier en juillet à nouveau un texte de Fabien Ollier « Du « transidentitaire » à l’enfant-machine : entretien avec Fabien Ollier ».

Note

Ça fait quelques temps qu’on discute avec des ami·e·s de la problématique de sources qui se veulent technocritiques de porter des discours discriminants et excluants. J’ai voulu réagir à ce dossier du journal La Décroissance, sans savoir si faire de la pédagogie à un dossier purement insultant a un intérêt. J’espère ne pas avoir été trop maladroit. Il est possible de réagir sur cette adresse mail : souslaplage [at] riseup [point] net.

Notes

[1Pour plus d’informations sur ce que subissent les personnes intersexes, voir la brochure Que cessent les interventions chirurgicales non consensuelles sur les enfants intersexué·e·s
Pour les chiffres on peut retrouver plus d’éléments sur ce site : Selon une série d’études allemandes, 96 % des intersexes ont reçu un traitement hormonal, 64% ont subi une gonadectomie, 38 % une réduction de ce que les médecins avaient déterminé comme « un clitoris trop long », 33 % des opérations vaginales et 13 % une correction de leurs voies urinaires. Source : Droits de l’homme et personnes intersexes par le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe. 80% à 85% des vaginoplasties pratiquées dans la petite enfance donnent des sténoses vaginales (rétrécissements) ; 78.5% ayant besoin d’être réopérées.

[2« La lutte contre l’âgisme et le refus de la différenciation adulte-enfant vient d’un mouvement pédophile […] Nier cette différence (adulte-enfant) ou parler à son propos de domination comme s’il y avait moyen qu’il n’y en ait pas ne peut que produire des adultes qui n’auront simplement pas la possibilité de l’être à leur tour ! C’est cela le règne actuel de l’« enfance généralisée », et pour en revenir au problème du départ, où irons-nous alors chercher chez les individus ainsi (mal) construits psychiquement les personnes adultes dont nous aurons besoin pour affronter les immenses problèmes -dont celui du climat- qui se préparent ? »

[3Pour plus d’information à ce sujet consulter les brochures : Contre l’oppression des adultes sur les enfants de Catherine Baker, et Enfance comme catégorie socialement dominée trouvables sur le site d’infokiosques.net

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